Un homme en costume de loup se promène sur la place principale de Kiev, essayant de remonter le moral des gens, posant parfois pour une photo avec eux. Les sacs de sable, les mots HELP US. La photo est prise depuis le bâtiment du ministère du Commerce.
photographie
Un manuel scolaire, dans la rue, à côté d’une maison bombardée. L’exercice qui est écrit sur la page nous parle de la beauté de Kharkiv, une ville de constructions modernes et de parcs verdoyants.
J’ai fait cette photo dans une école endommagée : fenêtres cassées, murs en ruine. Les portes étaient ouvertes. Je me suis sentie dans une sorte de musée consacré aux horreurs de la guerre et de l’enfance qui l’a vue.

Évacuation d’habitants de la ville d’Irpen par un pont détruit par les bombes. Une vieille dame se déplace en s’appuyant sur son déambulateur, avec son chien, entourée de débris militaires.
F
enêtres d’un immeuble endommagé dans le nord de Saltovka, un quartier de Kharkiv qui a particulièrement souffert de l’agression russe. Beaucoup de chiens et de chats sont abandonnés et errent dans les pâtés de maisons de leur quartier natal. La dame qui vit toujours dans cet immeuble a recueilli plusieurs chiens errants et les nourrit pour ne pas qu’ils meurent de faim.
U
n homme montre un petit soldat en plastique de l’Armée rouge que j’ai trouvé dans la rue devant une maison démolie du centre-ville. Le refrain de la chanson bien connue est : « Mais de la taïga jusqu’aux mers britanniques, l’Armée rouge est la plus forte de toutes ! »
À l’intérieur d’un kindergarten abandonné. Fenêtres brisées par l’explosion qui a eu lieu dans le quartier. Contraste étrange avec les lits intacts et bien rangés des enfants, dont la vie a changé pour toujours.
C
e sont les jours où les habitants d’Irpen furent évacués. Les gens ont été conduits, parfois sous les balles, d’Irpen à Kiev dans de petits bus. Beaucoup de gens de la maison de retraite « Happy life », impuissants et épuisés, certains d’entre eux ne comprenant apparemment pas ce qui se passait. Puis, ils ont été transférés dans des bus plus grands et conduits à la gare de Kiev. La vieille dame sur la photo cache son visage en voyant les dommages et les carcasses brûlées dans les rues de Kiev.
Le verre brisé et brûlé de la fenêtre d’une maison où ma mère vivait quand elle était enfant. Gostomel est la ville où vivent des militaires, elle a donc été attaquée et durement bombardée dès les premiers jours de la guerre. Pourtant, les oiseaux qui volent derrière les fenêtres me donnent un signe d’espoir et peut-être un sentiment de soulagement.
« Il y a quelque chose de noble à ne rien faire », disait le peintre et photographe américain Saul Leiter au critique Vince Aletti en 2013 peu avant de disparaître à l’âge de 89 ans. L’inaction, le désengagement, la résistance passive au bruit blanc du monde mènent à des illuminations.
Depuis quelques années, Jean-Philippe Cazier se rend dans des manifestations et rassemblements, appareil photo en main, et, dès son retour, il publie, dans Diacritik, les photoreportages de ces journées. Tout dans son regard est singulier, de sa manière de viser et mettre au point aux détails qu’il retient, toujours aigus et signifiants, mais sans l’immédiateté lisse des photographies de presse qui se contentent d’illustrer ou de rendre compte d’un événement. Ce que saisit Jean-Philippe au contraire c’est ce qui dépasse, ce qui sourd — des gestes, des expressions du visage, des mouvements. Son œil écoute. Il rend visible et audible ce que nous ne voyons ou n’entendons pas, ou pas forcément, ou pas comme lui. Le livre que publient les éditions Lanskine, Vous fermez les yeux sur notre colère, révèle cette dimension singulière de son travail photographique comme la force politique inouïe d’un engagement qui ne passe pas par le militantisme. Le livre accueille son lecteur, de même qu’il donne des visages et des noms à celles et ceux que l’Etat tente d’invisibiliser ou museler. Ce sont toutes ces dimensions, esthétiques comme éthiques et politiques, qu’un entretien avec Jean-Philippe Cazier tente d’aborder.
Les photographies de la série Islam Goes To Hollywood d’Ismaël Bazri, sélectionnées pour le New York Times portfolio 2022, se regardent sur fond de musique funk.
Du 9 avril au 25 juin 2022, la galerie Françoise Paviot propose l’accrochage de la série photographique de Lydia Flem, Féminicides, initiée en 2016 ; l’occasion pour Diacritik de proposer une mise en perspective de cette œuvre puissante, à travers deux entretiens vidéo : le premier avec Françoise Paviot, le second avec Ivan Jablonka.
Marche contre le fascisme et le racisme. Le fascisme n’est pas une option, pas un jeu, c’est un poison mortel pour toute la société et qu’il nous faut combattre aujourd’hui, qu’il nous faudra combattre demain. Paris, 16 avril 2022, place de la Nation. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.
Alors que le racisme d’Etat s’affiche aujourd’hui de la manière la plus explicite, que les violences policières à l’égard des sans-papiers racisé.e.s sont quotidiennes, qu’une politique de l’accueil est remplacée par une gestion carcérale, il est encore et toujours nécessaire de dire NON. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.