C

e sont les jours où les habitants d’Irpen furent évacués. Les gens ont été conduits, parfois sous les balles, d’Irpen à Kiev dans de petits bus. Beaucoup de gens de la maison de retraite « Happy life », impuissants et épuisés, certains d’entre eux ne comprenant apparemment pas ce qui se passait. Puis, ils ont été transférés dans des bus plus grands et conduits à la gare de Kiev. La vieille dame sur la photo cache son visage en voyant les dommages et les carcasses brûlées dans les rues de Kiev.

Le verre brisé et brûlé de la fenêtre d’une maison où ma mère vivait quand elle était enfant. Gostomel est la ville où vivent des militaires, elle a donc été attaquée et durement bombardée dès les premiers jours de la guerre. Pourtant, les oiseaux qui volent derrière les fenêtres me donnent un signe d’espoir et peut-être un sentiment de soulagement.

Depuis quelques années, Jean-Philippe Cazier se rend dans des manifestations et rassemblements, appareil photo en main, et, dès son retour, il publie, dans Diacritik, les photoreportages de ces journées. Tout dans son regard est singulier, de sa manière de viser et mettre au point aux détails qu’il retient, toujours aigus et signifiants, mais sans l’immédiateté lisse des photographies de presse qui se contentent d’illustrer ou de rendre compte d’un événement. Ce que saisit Jean-Philippe au contraire c’est ce qui dépasse, ce qui sourd — des gestes, des expressions du visage, des mouvements. Son œil écoute. Il rend visible et audible ce que nous ne voyons ou n’entendons pas, ou pas forcément, ou pas comme lui. Le livre que publient les éditions Lanskine, Vous fermez les yeux sur notre colère, révèle cette dimension singulière de son travail photographique comme la force politique inouïe d’un engagement qui ne passe pas par le militantisme. Le livre accueille son lecteur, de même qu’il donne des visages et des noms à celles et ceux que l’Etat tente d’invisibiliser ou museler. Ce sont toutes ces dimensions, esthétiques comme éthiques et politiques, qu’un entretien avec Jean-Philippe Cazier tente d’aborder.

Du 9 avril au 25 juin 2022, la galerie Françoise Paviot propose l’accrochage de la série photographique de Lydia Flem, Féminicides, initiée en 2016 ; l’occasion pour Diacritik de proposer une mise en perspective de cette œuvre puissante, à travers deux entretiens vidéo : le premier avec Françoise Paviot, le second avec Ivan Jablonka.

Alors que le racisme d’Etat s’affiche aujourd’hui de la manière la plus explicite, que les violences policières à l’égard des sans-papiers racisé.e.s sont quotidiennes, qu’une politique de l’accueil est remplacée par une gestion carcérale, il est encore et toujours nécessaire de dire NON. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.