La saison 22-23 de l’Odéon, jalonnée entre autres par les très belles représentations de Kingdom et Némésis, s’achève par l’apothéose de ce qui a été un de ses axes forts : la mise en théâtre d’un récit puissant. Entre les mains de Simon McBurney, le roman de l’autrice polonaise nobélisée, Olga Tokarczuk, déploie sur scène ses chimères multiples dans un spectacle à la fois dense et aérien, qui associe avec une ensorcelante fluidité la performance technique et l’humilité d’un théâtre fait de corps, de chaises, de bricoles…
Olga Tokarczuk
« À Prague, en 1677, on pouvait voir dans l’église Saint-Guy les deux seins de sainte Anne, conservés dans un bocal de cristal, la tête de saint Étienne, premier martyr chrétien, et celle de Jean-Baptiste.
Dans Les Pérégrins, Olga Tokarczuk écrit qu’après la mort de ma femme j’ai dressé la liste des lieux portant le même prénom qu’elle : un prénom plutôt donné à des garçons qu’à des filles en Chine dans les années quatre-vingts, composé d’un premier caractère qui s’écrit 志 et d’un deuxième caractère qui s’écrit 宏.
Guerres, conflits et révoltes, attentats, répressions et atrocités, manifestations, contestations et dissensions, crises en tous genres, exaspération généralisée et aggravée, absence ou perte d’êtres chers et cœurs brisés de maintes façons… ça gronde et pas uniquement du côté des êtres humains, mais également dans les entrailles de la terre.