28 novembre 2025. Rédaction hier d’un « chapeau » d’un peu plus d’un feuillet démarrant par : Beaucoup trop de livres reçus, et cependant jamais assez. Après relecture ce matin, en dehors de son incipit, tout le reste a été effacé ; ce n’est pas la première fois qu’un mouvement d’humeur a le dernier mot. Dès qu’on se met au travail, même par temps dégagé, les nuages s’amoncellent, au point qu’il arrive que la nuit tombe en plein jour : on n’y voit plus rien, et du coup, on se débarrasse de tout – ou quasiment. Seul demeure ce qu’on a enregistré intérieurement.

3 juin 2024. L’automne précoce semble achevé : il ne pleut plus et le soleil tente même une percée. La forêt, à deux pas, nous fait signe, mais c’est à la gare que nos pas nous conduisent ; il faudra donc se contenter de l’apercevoir à travers les vitres du transilien pour Paris où a lieu une projection d’un film fort attendu. Avant de quitter la maison, je relève le courrier, y trouvant le nouveau livre de Peter Handke, Dialogues intérieurs à la périphérie, que j’emporte avec moi, commençant à le lire dans le train et le métro, avant de poursuivre ma lecture dans la salle de projection où j’arrive bien trop tôt. 15 heures. Le noir se fait. Mon regard n’a le temps que de saisir au vol, page 69, cette brève recommandation : « Rester rythmiquement concentré »

Luc Bénazet publie des livres de poésie depuis 2009. Il est l’auteur notamment de Articuler (Nous éditions, 2015), Incidents (Nous éditions, 2018), Rainal ! (Eric Pesty éditeur, 2019) et La Masse forêt (P.O.L, 2022). Entretien avec Luc Bénazet à l’occasion de la parution de Métamorphiques aux éditions P.O.L.

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Comment aborder Poésies d’Herman Melville, ce recueil “monstre” que viennent de publier les éditions Unes ? Peut-être en commençant par lire la longue et éclairante préface de son traducteur, Thierry Gillybœuf : “C’est vraisemblablement cette démesure du souffle melvillien qui n’a cessé d’alimenter, de son vivant, l’incompréhension entourant son œuvre”.

Que l’écriture – et l’écriture poétique en particulier – n’ait rien à voir avec l’argent et les hiérarchies sociales, c’est ce que montre le travail de nombreuses « petites » maisons et de nombreux écrivains qui n’ont qu’un intérêt : affirmer l’écriture, le renversement du monde par l’écriture, les mondes possibles que l’écriture crée. C’est ce qu’exprime nombre de revues qui de manière le plus souvent très précaire diffusent et rendent accessibles les écritures contemporaines les plus diverses, souvent marginales.