« Une seule fois, depuis ma jeunesse, j’ai entrepris un voyage à l’étranger. Il y a deux ans, à l’été, je suis allé à Colmar, et de Colmar par Bâle jusqu’au lac Léman. J’avais depuis très longtemps envie de voir de mes propres yeux le retable de Grünewald à Issenheim, qui si souvent me hante quand je peins, et en particulier le panneau de la mise au tombeau, mais je ne réussissais pas à dominer ma peur des déplacements.

Sans doute notre contemporain est-il taraudé, secrètement, soudainement, par l’idée, impossible mais toujours vive, d’un contre-livre, d’un Livre nu et comme noir qui aurait compris dans l’envers négatif et comme néantisé de toute Littérature, qu’écrire, ce serait désormais écrire après tous les livres, bien après les bibliothèques, quand la dernière page du dernier livre a été tournée depuis longtemps et que tous les livres sont à présent refermés et rangés, irrémédiablement.