Hélène Gaudy

Nul hasard si la fortune nous sourit me souffle à l’oreille un vieux loup de mer. Nous – toi, moi, il ou elle – sommes riches de ce qui nous a éclairés par frottage. Rien n’existe seulement pour (ou par) lui-même. Veilleurs d’un régime, celui des attractions, nous bâtissons des constellations dans ce théâtre de la mémoire où se dépose le plus vécu de notre relation au “réel” (à moins que ce ne soit l’inverse). Là, on emmagasine, on range, on entretient ce qui a don de nous transformer et que l’on désire irrésistiblement partager sans toujours savoir comment s’y prendre. Dans cet intérieur qui est à la fois une demeure de pierre, de verre et d’ardoise et un paysage ouvert aux quatre vents (un terrain vague), le temps s’abolit. Allongés dans l’herbe humide ou sur un quelconque matelas sous les toits, nous nous laissons envahir par ce qui apparaît sans limite (où l’on ne compte plus ce qui s’écoule ; ni ne cherche à prévoir la mesure de ce qui pourrait s’écouler).

René Farabet

La disparition de René Farabet, ce mardi 20 juin, suite à une “longue maladie”, ne fera probablement pas beaucoup de bruit, tant cet art qu’il pratiquait avec exigence a été, quasiment depuis ses origines, relégué dans les marges de la radio : toléré, parfois admiré, mais jamais – ou rarement – mis en avant par celles et ceux qui auraient le pouvoir de le faire, au point où les deux mots qui viennent à l’esprit quand on songe à l’idée de “création radiophonique ” sont : inactuel et résistance (mais, comme on le sait, ces deux mots sont synonymes).

Paterson de Jim Jarmusch
Paterson de Jim Jarmusch

Malgré le mot d’ordre que semble s’être donné la “critique” de cinéma depuis une bonne quinzaine d’années (certains ayant même commencé à faire la grimace dès la projection de Mystery Train en 1989), Paterson, le dernier film de Jim Jarmusch, n’a pas été considéré comme une étape supplémentaire de la prétendue chute de ce cinéaste projeté dans les hauteurs dès 1984 quand Stranger Than Paradise avait obtenu la Caméra d’or à Cannes.

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« Un cours c’est quelque chose qui se prépare énormément. Si vous voulez cinq minutes, dix minutes d’inspiration, il faut préparer beaucoup, beaucoup, beaucoup », affirme Deleuze dans l’Abécédaire. La préparation des cours chez Deleuze est souvent rapprochée d’une série de pratiques artistiques : « Un cours ça se répète. C’est comme au théâtre… c’est comme dans les chansonnettes, y a des répétitions ».