Alors que deux des principaux poètes ayant activement participé au Collectif Change, ce rassemblement d’écrivains en rupture avec Tel Quel et Sollers qui s’est formé aux alentours de mai 68, et qui aura marqué la vie littéraire et intellectuelle jusqu’à la fin des années 1970, avant d’éclater à son tour – Jacques Roubaud et Paul Louis Rossi – nous ont quittés ces derniers mois, il nous importe plus que jamais de célébrer un vivant : Jean-Pierre Faye, âme de ce Collectif du premier au dernier jour : un des derniers rescapés de l’aventure, avec Philippe Boyer (94 ans cette année) qui a depuis longtemps tourné la page, et Didier Pemerle (82 ans) qui a publié récemment Débandades chez Flatland.
Jean-Pierre Faye
Terrain vague est un lieu à l’écart, certes loin d’être déconnecté du centre, mais quand même… Il arrive à ses autochtones de passer à côté de beaux événements parce que des liens avec celles et ceux qui en sont à l’origine n’ont pas été tissés. C’est le prix de ce pas de côté plus que jamais nécessaire – et l’on peut dire que ce n’est pas cher payé.
Il y a les personnes dont on parle – et pour certaines, dont on ne cesse de parler, y compris quand elles ne font rien. Et il y a celles dont l’activité pourtant incessante, voire débordante, se tient à l’écart des hauts parleurs qui font et défont les réputations. Des deux côtés : quelques grand(e)s artistes et nombre de faiseurs qui, une fois passés de vie à trépas, rejoignent la file d’attente des intermittents de la postérité. Le 19 juillet dernier, Jean-Pierre Marchadour s’est éteint à Saint-Crépin-Ibouvillers, dans l’Oise.
Dans un de ses ouvrages les plus étonnants, Journal du voyage absolu, sous-titré Jeux et enjeux du grand danger (Hermann, 2003), Jean-Pierre Faye écrit en incipit : “Entrer dans un livre est le seul moyen connu pour entrer dans une tête. Ceci est une entrée. Mais que faire si cette entrée traverse dix, cent, mille entrées ? Car la tête est une Cité interdite.”
La disparition de René Farabet, ce mardi 20 juin, suite à une “longue maladie”, ne fera probablement pas beaucoup de bruit, tant cet art qu’il pratiquait avec exigence a été, quasiment depuis ses origines, relégué dans les marges de la radio : toléré, parfois admiré, mais jamais – ou rarement – mis en avant par celles et ceux qui auraient le pouvoir de le faire, au point où les deux mots qui viennent à l’esprit quand on songe à l’idée de “création radiophonique ” sont : inactuel et résistance (mais, comme on le sait, ces deux mots sont synonymes).