Dans un très bel ouvrage que Suzanne Horer et Jeanne Socquet consacraient en 1973 à la place de la femme dans l’art, parmi les quelques beaux témoignages de femmes artistes publiés, la parole était donnée à Marguerite Duras qui mettait précisément l’accent sur la nécessité, de la part de la femme écrivain et cinéaste qu’elle représentait, de s’exposer avec force et conviction sur la scène médiatique pour faire face à un dehors masculin hostile et toujours prêt à suffoquer la parole féminine. Le titre du livre, La Création étouffée, annonçait déjà le projet des deux auteurs : aller interroger le pouvoir créateur qui est plus volontiers accordé aux hommes comme si la création était un ensemble monolitique réservée à une seule portion du monde.

Edouard Louis
Edouard Louis

« Toute la tâche de l’art est d’inexprimer l’exprimable » annonçait Roland Barthes à la lisière feutrée de ses fondateurs Essais critiques en une formule incandescente de paradoxe qui pourrait servir de guide idéal à la lecture d’Histoire de la violence d’Édouard Louis. Reparaissant ces jours-ci en collection de poche en Points Seuil, un an après sa tonitruante sortie, ce second et puissant roman, tout de noirceur et décisif de beauté, paraît être traversé du même et définitif constat devant un geste d’écrire qui, pour raconter ce viol qui a déchiré l’existence du jeune homme, ne doit pas, contre toute attente, s’affronter à la terreur sombre de l’innommable mais surseoir à ce qui est déjà nommé dans la langue.