En 1854-1855, Gustave Courbet réalise « L’Atelier du Peintre », Baudelaire et Jeanne Duval y figurent. Baudelaire aurait demandé à Courbet d’effacer Jeanne, ce qu’a fait le peintre, mais avec le temps, elle réapparaît sur le tableau. Cette anecdote est significative d’un destin, fantasmé plus encore que connu.
Charles Baudelaire

Il y a de sales semaines. On pense à rater pour de bon, à démissionner de tout, à dégoûter ses amis. Le poème n’y peut rien : son évidence est à éclipses. On est la mouche sur le dos, trop rebattue contre une vitre, qui grésille au coin d’un mur. Ces jours-là, ces semaines-là, le poème n’opère plus. Sa forme est froide, importune. Il nous parle sans qu’on l’entende comme l’homme d’un guichet dont les lèvres bougent derrière une vitre. La plupart du temps la poésie rate : la vie est trop loin de son axe pour qu’une faible magie la rajuste dans son lieu. Et puis on trouve, dans le lot, beaucoup de poèmes ratés : longs dimanches, fêtes sinistres. « Le Goût du néant », par exemple, d’un poète incontestable qui se manqua si souvent qu’il fit dépendre de l’échec l’assise de sa poétique et tout l’avenir de la poésie.
Comment ne pas ouvrir cette rubrique de Diacritik, un livre un lieu, par un texte qui systématise ce principe, en fait la pierre angulaire de la narration, un art poétique ? Intérieur de Thomas Clerc, évidemment.