Gabriel savait être pénible. Il avait harcelé V., ma compagne de l’époque, pour qu’elle lui offre cette hache en bois. Elle avait cédé. Sitôt l’objet convoité obtenu, il s’en était bien sûr désintéressé. Un jour, trainant, morose, dans sa chambre vide, j’avais posé cette arme factice sur son oreiller rouge, comme un objet liturgique les jours de procession.

Ce qui frappe avant tout à la maison de retraite, c’est l’odeur : un curieux mélange d’asepsie et de flétrissure. Pourtant, le lieu est presque neuf, d’une irréprochable propreté, le personnel est gentil, disponible, à l’écoute. Gabriel et toi êtes toujours bien accueillis. Ta mère a une chambre individuelle, assez vaste, au rez-de-chaussée, avec salle de bain attenante.