The Avalanches, samples et psychogéographie (No bad memories)

Quels sons resteront de notre vie réellement vécue lorsqu’il n’y aura plus rien ? Avec leur nouveau disque qui paraît aujourd’hui, le groupe australien The Avalanches répond de manière fort optimiste : ce ne seront pas de mauvais souvenirs finalement.

En 31 titres de fusion electro-pop-hip hop, le trio composé de Robbie Chater, Tony Di Blasi et Andy Szekeres livre une archive sonore des trente dernières années en piochant dans les premiers sons technologiques (applications, disquettes, mini discs, jeux vidéos) et les jingles publicitaires (céréales, boissons, ordinateurs) pour déployer une vraie réflexion sur leur influence dans notre existence. Qu’avons-nous entendu, écouté, retenu ? Sur quel fond diffus avons-nous respiré et marché ?

De la saturation sonore moderne, ils parviennent à extraire un or scintillant de notre déambulation dans le monde : les samples se juxtaposent et se répondent en visant uniquement le rythme et la danse. Comme pour chacune de leurs rares productions – le premier chef d’œuvre Since i left you (2000), le foudroyant Wildflower (2016) et le précédent We will always love you (2020) – l’avancée dans l’écoute du disque déroute par la capacité unique des musiciens à fondre littéralement le son et l’ambiance qu’elle évoque et qu’elle provoque simultanément. La musique pour The Avalanches est une psychogéographie dansée eau sein de laquelle un titre annonce l’autre en l’aspirant. La vie concrète et ses mélodies les plus triviales (Guy)débordent alors et fusionnent avec l’œuvre musicale. C’est flagrant et jouissif dans Our love is alive (avec Suzanne Ciani et Barry can’t swim) en particulier, vers la fin de l’album : une femme (musicologue ?) s’adresse à une autre en parlant de vibration concrète dans l’air, de tempête de neige, de chant d’oiseau, de tonalité pure, elle va visiblement lui faire écouter la chanson… qu’on est en train d’écouter. Son interlocutrice demande, intriguée : « Vous pouvez me montrer ? » Le refrain s’impose dans le ton qui suit et fait vriller votre être, rien de moins. Dans Can’t get over losing you (avec la jeune américaine Portraits of Tracy), l’imagerie des années 2000 (il fallait bien que cette nostalgie pointe son nez désormais) trouve sa version hyperpop et tout s’accélère.

Ailleurs, le chant de Rivers Cuomo du groupe Weezer adoucit et apaise dans All The Time in The world. Quant à Every single week-end avec la star Jamie XX, elle joue son rôle de single justement, en rameutant les troupes qui ne demandent qu’à danser. Objet de fête pratique et de pensée de notre passage dans le temps, No bad memories s’impose magistralement dans le présent.

The Avalanches, No bad memories, Modular Recordings, 31 titres, sortie le 16 octobre 2026.

Clip de Can’t get over losing you