Éric Arlix : Personnages en voie de sécession (PNJ)

© Jeangagnon/WikiCommons

Il suffit de prononcer le titre du nouveau livre d’Éric Arlix devant des étudiants et des étudiantes pour immédiatement susciter un début d’intérêt.

Pourtant, il s’agit d’un acronyme. Autant dire, habituellement, d’un point de vue éditorial, quasiment d’un titre interdit. P, N, J : trois lettres qui signifient « personnages non joueurs », terminologie en vogue dans le monde du jeu vidéo. En ouvrant le livre d’Éric Arlix, on entre dans le monde de personnages aux comportements prédéterminés.

Ces comportements le sont-ils effectivement ? C’est ce que pourrait suggérer au premier abord un simple feuilletage du livre. Le texte se présente en vers libres centrés dans la page. Le début de la lecture se fait au rythme de la scansion. Premier portrait, deuxième portrait, leur lecture pourrait entretenir l’idée que l’on a ici, et définitivement, affaire à des PNJ, expression qui, ainsi que titre Le Monde dans un article de Marion Dupont du 7 janvier dernier, correspond à une « insulte qui vous assigne aux seconds rôles ». La manière assez systématique de lister des traits de caractère ou des actes de personnages pourrait faire penser, dans une approche formelle différente, à R.A.S. Infirmière-chef de Bryan-Stanley Johnson, comédie gériatrique.

Puis, vient le troisième des dix portraits d’hommes et de femmes dont l’âge oscille entre 30 à 57 ans qui constituent l’essentiel du livre. Les deux derniers interpellent : « J’ai / arrêté de la main un vendeur de chouchous ». Ce PNJ-là, de 36 ans, ne peut pas être dénué de caractère. Qui arrête un vendeur de chouchous ? Personne. Chacun des personnages en fait, à sa manière, résiste à la société. Le suivant, bien qu’il prenne cher et éprouve plus d’un burn out, est parvenu à dérouter sa hiérarchie : « J’ai / vu / que mes pratiques posaient des problèmes / aux collègues, / à la directrice / aux milliers d’étages hiérarchiques au-dessus de moi ». Même lorsque l’échec survient, « J’ai […] / entamé une carrière dans la poésie / durée une semaine ». On perçoit que chaque personnage cherche une voie sinon pour échapper à la chape sociale du moins pour orienter autrement sa vie, son existence peut-être.

La suite du portrait de ce PNJ-ci est peut-être à écrire par le lectorat qui pourrait relever qu’associer carrière et poésie est insensé, précisément. Et puis, qu’importe qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, d’un quadragénaire ou d’un quinquagénaire lorsqu’il s’agit de se révolter : « J’ai / sans en parler à quiconque / depuis des semaines / décidé de me révolter / ce n’est plus possible / la gauche 2027 ». Au fur et à mesure des portraits, en creux, transparaît un désir de sérénité : « J’ai / pris ma retraite / acheté une maison dans le Loiret / été confronté à une énorme envie de nature / de calme / d’animaux / sans faits divers / sans ce monde dans le monde / sans pleurs dans les chaumières / J’ai / adoré ».

Une fois l’ultra bref dixième portrait lu, l’écriture se transforme. Des aphorismes, cinq seulement, prennent le relai : « Dans nos sociétés conduites par la pensée néolibérale, reposant principalement sur des critères d’autocentrage et des modes de vie sans connexion avec le vivant, être un PNJ n’est peut-être pas une insulte. » Peut-être même « une mission » si l’on s’en tient aux mots du dernier aphorisme.

Éric Arlix, PNJ, éditions JOU, avril 2026, 96 pages, 10€.