Diacritik publie : « il suffit de traverser la mer », un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
d’où elle vient
on voit la mer de partout
dans la ville blanche
on la voit depuis
la cuisine de la Jaddah
rajoutée un jour
sur le toit terrasse
lui revient l’odeur
du ras el-hanout de l’ancêtre
cardamone coriandre muscade
cannelle curcuma poivre long
clous de girofle
giroflier c’est pas giroflée
lui expliquait Jaddah
et les étourneaux
en nuages
qui s’abattent sur les palmiers
à la fin du jour
l’Algérienne suffoque
sous l’afflux d’images
y retourner l’obsède
elle revient au tapis blanc
ceux qu’on lui commande
elle s’ennuie dans ce savoir faire
ma tisseuse vire mélancolique
se dit Théo
on pensait A intégrée
on pensait B naufragée
les vies ne sont pas
ce qu’on en voit
B
China Cafe
le restaurant de Félicité
jamais allée en Chine
Odilon connaît Félicité
depuis toujours
il raconte à la blonde
son histoire d’amour
avec le Chinois
histoire intense et brève
d’où les photographies
de la grande muraille
de la cité interdite
des hutongs à Pékin
le papier a jauni
les couleurs des images
s’uniformisent
en un bleu trouble
la blonde écoute
distraite
happée par la tessiture
de sa voix
(elle aime les voix basses)
Félicité se réjouit
de revoir la blonde
se réjouit de la voir
avec Odilon
ne s’étonne pas
de leurs mains
sur la table assemblées
la blonde ne boit pas
de bière
Félicité leur propose
une bouteille de vin
d’Italie
la rencontre d’Odilon et
de la blonde
comme intronisée
par Félicité