Catherine Weinzaepflen : il suffit de traverser la mer (feuilleton/32)

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Diacritik publie : « il suffit de traverser la mer », un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.

 

A

d’où elle vient

on voit la mer de partout

dans la ville blanche

 

on la voit depuis

la cuisine de la Jaddah

rajoutée un jour

sur le toit terrasse

 

lui revient l’odeur

du ras el-hanout de l’ancêtre

cardamone coriandre muscade

cannelle curcuma poivre long

clous de girofle

 

giroflier c’est pas giroflée

lui expliquait Jaddah

 

et les étourneaux

en nuages

qui s’abattent sur les palmiers

à la fin du jour

l’Algérienne suffoque

sous l’afflux d’images

y retourner l’obsède

 

elle revient au tapis blanc

ceux qu’on lui commande

elle s’ennuie dans ce savoir faire

 

ma tisseuse vire mélancolique

se dit Théo

 

 

on pensait A intégrée

on pensait B naufragée

les vies ne sont pas

ce qu’on en voit

 

 

B

China Cafe

le restaurant de Félicité

jamais allée en Chine

Odilon connaît Félicité

depuis toujours

il raconte à la blonde

son histoire d’amour

avec le Chinois

histoire intense et brève

 

d’où les photographies

de la grande muraille

de la cité interdite

des hutongs à Pékin

le papier a jauni

les couleurs des images

s’uniformisent

en un bleu trouble

 

la blonde écoute

distraite

happée par la tessiture

de sa voix

(elle aime les voix basses)

 

Félicité se réjouit

de revoir la blonde

se réjouit de la voir

avec Odilon

ne s’étonne pas

de leurs mains

sur la table assemblées

 

la blonde ne boit pas

de bière

Félicité leur propose

une bouteille de vin

d’Italie

la rencontre d’Odilon et

de la blonde

comme intronisée

par Félicité