Manu Larcenet pétille (Palmer dans le rouge)

© Manu Larcenet - Dargaud

Même si ce n’est pas l’envie qui manque, on ne va pas succomber à la facilité et vous dire que le nouveau Larcenet est de la meilleure cuvée, que c’est un grand cru… Il serait pourtant aisé de se faire plaisir et d’enchaîner les analogies piochées dans le vocabulaire oenologique : « un album qui a du corps, à la fois gouleyant, vif et profond »…

Si on devait toutefois se laisser tenter (par paresse ou parce que la métaphore gustative est très appropriée), on aurait plutôt envie de vous parler de « la finale » : « l’impression globale laissée (par le vin et l’album) après l’avoir goûté, autrement dit, les sensations qui restent (en bouche et en tête) après sa dégustation ». En une case terminale, Larcenet achève son voyage en bord de Médoc par une pirouette magnifiquement subtile et de nous convaincre que Palmer dans le rouge est le meilleur assemblage qui soit. Disparu en 2018, René Pétillon avait pratiquement achevé le scénario que Manu Larcenet a dessiné avec le brio qu’on lui connaît et une tendresse qui transparaît à chaque planche. Bien loin d’une reprise, même si l’on ressent le travail d’hommage dans chaque répartie, dans chaque personnage, Jack Palmer en tête, toujours aussi décalé et anachronique dans son rôle d’enquêteur maladroit jusqu’à la candeur et à l’efficacité redoutable souvent à son corps défendant.

© Manu Larcenet – Dargaud

Appelé au secours par Ange Léoni (rencontré dans L’enquête corse) et les Grolo-Laglotte dont la fille est portée disparue à la quasi veille de son mariage, Jack Palmer débarque en bord de Médoc pour élucider le mystère… Mais avec Pétillon et son privé en loden et chapeau défraîchis, une énigme en cache souvent une autre. Et pour le détective qui tient davantage de l’inspecteur Clouseau que d’un tireur d’élite du RAID tant il n’est pas rare qu’il manque sa cible à longueur de pages, c’est une enquête qui s’annonce pour le moins complexe.

© Manu Larcenet – Dargaud

Pour notre bonheur, Manu Larcenet déploie sa palette de talents et son goût sûr pour l’absurde et les bons mots, pour la dérision et le comique de répétition, s’amusant avec des personnages hauts en couleur et des arrières plans hilarants. Avec une succession de scènes plus drôles les unes que les autres, qu’il s’agisse des dialogues enlevés ou des situations dans lesquelles Palmer évolue sur le mode du slapstick permanent, Palmer dans le rouge est un régal d’humour, de dessin et de couleurs. Et on a envie de paraphraser les mots de la fin du duo Palmer/Léoni : Palmer dans le rouge est pétillant, on aurait tort de ne pas vouloir pétiller. Alors…

Pétillon & Manu Larcenet, Palmer dans le rouge, Dargaud, 12 septembre 2025, 17,50€