Tribune : l’abandon sanitaire du Lycée Paul Eluard par le Rectorat

Lycée Paul Eluard à Saint-Denis (93)

Devant l’abandon de l’école par le gouvernement et l’absence de mot d’ordre syndical national, nous avons décidé de publier les tribunes des lycées qui dénoncent les épouvantables conditions sanitaires de rentrée. Ces tribunes sont concrètes. Elles ne s’embarrassent pas de généralités. Elles disent, au cas par cas, pourquoi élèves et enseignants sont en danger. Ici le Lycée Paul Eluard de Saint Denis (93) en lutte, littéralement ignoré par le Rectorat.

Au lycée Paul Éluard à Saint-Denis (93), une trentaine d’enseignant-es et personnels de la vie scolaire se sont mis-es en droit de retrait depuis le jeudi 9 septembre. Comme les parents qui les soutiennent, elles et ils jugent la situation sanitaire catastrophique au sein de l’établissement. Tous et toutes refusent de voir l’établissement devenir un foyer de contaminations. En effet, la rentrée a eu lieu sans que les enseignant-es n’aient reçu de masques de l’État, sans gel hydro-alcoolique dans les salles, sans virucide et sans infirmière au sein de l’établissement.

Jeudi, elles et ils ont obtenu en fin de journée des masques, en nombre insuffisant par personne, et du gel, mais pas de virucide. Depuis le début de la semaine, quatre élèves étaient déclaré-es positif-ves au coronavirus : deux en terminale, un en seconde et une en BTS. Pour autant, les élèves des classes concernées, qui avaient été en contact avec les élèves malades, ont continué à suivre les cours, parce que le Rectorat, sur recommandation de l’Agence Régionale de Santé, prétend que ce ne sont pas des cas contacts, au seul motif que le port du masque est obligatoire au sein de l’établissement. Tous les enseignant-es ont pu constater que les élèves ne portent pas tout le temps leur masque, dans les couloirs, il faut reprendre constamment les élèves. Et à la cantine, comme en EPS, le masque n’est pas porté. Or les élèves malades ont été en EPS !

Dans d’autres établissements touchés par des cas de Covid-19, les classes ont été fermées et les élèves isolé-es. Les critères de l’ARS ne sont donc pas lisibles et nourrissent le sentiment de l’arbitraire.

Les enseignant-es et les personnels de la vie scolaire ont donc reconduit leur mouvement vendredi, avec le soutien des parents, et ont envoyé une délégation au Rectorat de Créteil en début d’après-midi. À ce moment, ces derniers ont appris qu’une cinquième élève dans une autre classe était déclarée positive.

Au Rectorat, la délégation d’une dizaine de personnes a attendu deux heures sans qu’aucun-e responsable ne daigne descendre. C’est le responsable de la sécurité qui est venu s’enquérir des revendications.

Les revendications de la délégation étaient les suivantes :

– Le recrutement en urgence d’une infirmière pour remplacer les infirmières absentes

– L’isolement des classes en contact avec les élèves malades et la mise en place d’un dépistage à l’intérieur du lycée

– Le recrutement d’AED (assitant-es d’éducation) pour aider à la mise en place d’un protocole efficace. Les AED sont en effet en nombre insuffisant. Ils sont en contact rapproché avec des élèves non masqué-es à la grille et n’ont qu’un masque en tissu pour les protéger. Eux comme les professeurs d’EPS devraient pouvoir disposer de masques FFP2

– Le remplacement du personnel de direction en arrêt

La délégation n’a pas pu argumenter sur ces revendications car elle n’a pas été reçue, mais a appris qu’il n’y a pas de référent COVID-19 au rectorat. Une épidémie bouleverse la scolarité de mars à juin, rien n’est anticipé pour cette rentrée mais notre hiérarchie ne se dote même pas de personnels pour coordonner les actions spécifiques sur le sujet !

Lycée Paul Eluard à Saint-Denis (93)

Par l’intermédiaire du chef de la sécurité, il leur a été dit que seules la Région et la Préfecture pouvaient répondre à leurs demandes. C’est ajouter le mépris au mensonge. Le Rectorat peut décider de la fermeture des classes. Il prend la responsabilité de propager le virus dans le lycée et au-delà à Saint-Denis. Pourtant, cette ville, à l’image de toute la Seine-Saint-Denis, a déjà payé le prix fort en terme de mortalité. Le Rectorat assume la responsabilité d’envoyer des élèves ayant peut-être sans le savoir le virus du COVID-19 dans leur famille, qui abrite parfois des personnes à risque. C’est tout simplement criminel.

 

Enseignants et parents du Lycée Paul Eluard en lutte
Samedi 12 septembre 2020