Des lueurs : Extinction Rébellion et convention citoyenne

J’ai abondamment signalé la gravité extrême – le mot est presque encore un euphémisme – de la crise que nous traversons : la vie sur Terre se meurt. Aucun signe tendanciel n’est positif : malgré notre connaissance claire de cette catastrophe scientifiquement actée, chaque année est pire que la précédente. Peu de motifs d’espoir donc.

Aujourd’hui, néanmoins, je vois deux lueurs. Nous n’avons aucun moyen de savoir ce qu’elles deviendront mais, dans la logique de l’activisme fractal que je soutiens, je crois qu’il est important de les considérer avec intérêt. De ne pas les condamner à l’éclosion.

D’une part, le mouvement Extinction Rébellion (XR) commence à se faire connaître du grand public. Les politologues sont formels sur un point : il n’y a jamais eu de révolution systémique sans que le système soit empêché de fonctionner. Or, il nous faut une révolution systémique. Le mouvement XR prend cette vérité historique au pied de la lettre et se place dans une démarche de désobéissance civile non violente, telle que théorisée notamment par le grand philosophe Jürgen Habermas. Où cela nous mènera-t-il ? Nul ne le sait et tout est possible. Bien-sûr, des dérives inacceptables peuvent se produire. Mais quelque chose est tenté et la pire violence, la pire cécité, la pire hypocrisie, aujourd’hui, ce serait précisément l’immobilisme qui conduit à un désastre annoncé.

D’autre part, la convention citoyenne s’ouvre ces jours-ci. Elle suit une logique à peu près opposée en se cramponnant à l’action politique. Mais une action politique littéralement citoyenne, sans censure, sans pression électorale ou carriériste. Une tentative de démocratie directe. Y a-t-il des risques d’instrumentalisation ou de prétextualisation ? Évidemment oui. Pour autant, si elle est très soutenue, très discutée, très scrutée, cette assemblée tirée au sort et encadrée avec bienveillance et rigueur par Cyril Dion pourrait conduire à des résultats très étonnants.

Il est aisé de voir les limites, les risques, les vacuités ou dangerosités potentielles de ces deux démarches – qui ne sont pas nécessairement antagonistes l’une de l’autre. Il serait simple d’énumérer leurs faiblesses et contradictions dans d’innombrables articles, qui ne vont d’ailleurs pas manquer de fleurir. Mais, peut-être, pour une fois, pourrions-nous user de notre énergie pour nous unir et nous allier face au « plus grand défi de l’histoire de l’humanité » ? Et si, pour une fois, nous essayions d’y croire ? De retrouver une forme d’ingénuité et de le faire. De faire la vie.