Ayesha Harruna Attah : dire le Ghana par les femmes (Les Cent Puits de Salaga)

Diacritik a toujours eu à cœur de défendre la littérature étrangère et celles et ceux sans lesquel.le.s elle demeurerait inaccessible à une grande partie du lectorat français. Carine Chichereau a accepté de tenir une rubrique régulière dans nos colonnes, pour évoquer, en vidéo, un texte dont nous lui devons la version française. Aujourd’hui, Les Cent puits de Salaga d’Ayesha Harruna Attah tout juste paru aux éditions Gaïa.

« Les caravanes. Elles arrivaient à l’aube. Elles arrivaient quand le soleil atteignait le zénith dans le ciel. Elles arrivaient quand minuit enveloppait le monde de son velours bleu. La seule certitude, c’était que la caravane de Sokoto viendrait avant la fin de la saison sèche. Pourtant aujourd’hui, les choses avaient changé ». Tout change en effet, au Ghana, en cette toute fin du XVIIIe siècle, alors que l’esclavage a encore cours et que le pays vient d’être soumis à la colonisation européenne.

Ayesha Harruna Attah déploie les tensions d’un territoire à travers le destin de deux femmes qu’en apparence tout oppose. Wurche est princesse, Aminah une paysanne vendue sur le marché aux esclaves. Pourtant toutes deux vont tomber sous le joug d’une privation de liberté, Wurche par le mariage, Aminah par sa condition d’esclave. C’est à un véritable tabou que s’attache la romancière, en partie inspirée par la vie de son arrière-arrière-grand-mère vendue sur le marché aux esclaves de Salaga, comme elle le révèle dans l’entretien qui clôt le roman. L’histoire familiale, longtemps tue, croise l’histoire d’un pays : « Soit les gens ne savaient pas grand chose, soit ils ne voulaient pas en parler ».

Ayesha Harruna Attah, Les Cent puits de Salaga (The Hundred Wells of Salaga), trad. de l’anglais (Ghana) par Carine Chichereau, éditions Gaïa, septembre 2019, 256 p., 22 € — Lire un extrait