« Vis ma vie » 3 saison Saint Valentin : La ligue du Love

Lundi : Faust à Ibiza

Ils étaient serveurs barmen strip teaseuses et gogo dancers, ils étaient tatouages piercings nombril et bronzage cabine. Ils ne croient aujourd’hui en plus grand-chose et vivent de bookings en boîtes de nuits de province : ce sont les Anges de la télé-réalité, les Marseillais, les Cœurs brisés. A l’instar de Loana Petrucciani, première gagnante de la première télé-réalité de France, qui collectionne depuis 2001 les dépressions et les tentatives de suicide, les stars de la téléréalité dépérissent sous les caméras de la TNT. On les retrouve en Espagne dans une villa « de rêve » pour trouver l’amour et « régler leur problématique » comme ils disent. Jordan « n’a plus d’amour à donner », Mélanie a « un cœur de pierre », Jelena a « peur de l’abandon ». 13 candidats sous le soleil et complétement au bout du rouleau, c’est la « Villa des cœurs brisés 4 » du lundi au vendredi sur TFX.

Et quoi de mieux pour bien entamer notre semaine amoureuse ? Si le lundi sert à repasser les chemises, manger des pâtes et déprimer léger, autant le faire devant la télé. Les post ado défilent devant Lucie Mariotti, la psychologue du programme, qui leur fait faire à peu près n’importe quoi : Julien doit conduire une voiture en marche arrière pour qu’il comprenne que c’est relou et qu’il doit désormais « avancer dans la vie ». Cloé se masse avec de l’huile face au miroir pour « prendre conscience de son corps ». Elle demande aussi à Ilan de crier face à la mer les pieds dans l’eau pour « se libérer » (et on ne sait par quel miracle, il refuse !). Les candidats de téléréalité que nous avons vus grandir dans une infinité d’« aventures » sont aujourd’hui des jeunes vieux : ils sont à la pointe de la mode, pleins aux as mais complètement paumés. S’ils ont couché avec la terre entière ils sont aujourd’hui dépressifs et ne peuvent revenir en arrière : ils appartiennent aux groupes audiovisuels auxquels ils offert leur jeunesse en échange d’un peu de visibilité. Naïfs et tendres, ils pleurent pour nous et voient défiler leurs mariages foireux et leurs coups d’un soir en perpétuel replay.

Mardi : Tapas night

Le mardi est incontestablement le soir à rencards : il est est sans prétention et bourré d’espoirs. Beaucoup de réservations pour deux personnes au bar à tapas branché de la place Castellane : « Une petite table à l’écart », « Un coin tranquille si possible », « Le canapé est-il encore disponible ? ». C’est baskets en cuir et écharpe à la mode pour lui, pour elle un pantalon moulant et des petits talons. Rendez-vous Tinder, Meetic, ambiance hyper connectée et questions rhétoriques. Et on reconnait les dates entre mille : Les couples d’un soir mettent une demi-heure pour choisir quoi boire. Le dilemme : La bière fait mauvais genre, les cocktails sont chers et trop alcoolisés, peut-être du vin oui mais quelle couleur, et une bouteille entière, on est sûrs de ça ? Après tout il n’est que mardi. Commander à manger est encore bien plus long en sachant que dans tous les cas, ils ne mangeront quasiment rien, dissimulant comme ils le peuvent les bruits rigolos de leurs ventres qui, eux, ont bien faim. Le principe des plats à partager tombe un peu à l’eau. Pas de fromage, pas de crustacés, pas d’ail. On marche sur des œufs. Ambiance « Tu fais quoi dans la vie ? » et « Tu as des enfants ? » le regard un peu vide et les mains moites. Les serveurs les regardent de loin : « Ça va être froid » / « Il va pas pécho ». Ça parie des shots derrière le comptoir. Quand la fille part aux toilettes parfois le mec paye l’addition parfois il l’attend pour partager.

Mercredi : Concert

Dans la petite salle décorée en noir et rouge on a poussé la table de billard pour le concert des copains. Ils présentent leur nouvel album : 6 titres/ auto produit/ 5 €. Le chanteur connait du monde. Dans une autre vie, il s’occupait d’installer les flippers dans les bars du port. Le batteur ressemble à un informaticien des années 2000, la fille à la flûte fait très classe. Entre deux verres de vin rouge le groupe interprète ses nouvelles chansons. Le chanteur nous reconnait dans la salle, et dédicace une chanson au rocker historique du quartier assis sur les escaliers en fer : « Celle-là mon gars, c’est pour toi ! ». Et la chanson commence. Une histoire d’amour, celle du chanteur et d’une fille très belle qu’un ami lui a piquée. Dans l’escalier on rigole et on est un peu gêné, on se tourne vers le rocker qui reste fier d’avoir une chanson écrite pour lui. Le groupe alterne avec des poèmes de Bukowski chantés en français : « Dans mon cœur un oiseau bleu » etc., etc. On applaudit et les retardataires ont tout raté. Le mini répertoire est écoulé, et le chanteur propose de recommencer, de rembobiner la cassette. Finalement la soirée se poursuit au comptoir. Les poètes alcolo c’est vraiment pas ce qu’il manque et on se demande pourquoi le vieux Buk. Il nous confie qu’il ne parle pas un mot d’anglais et qu’il avait travaillé dans une expo qui proposait ses poèmes traduits. A force d’y aller tous les jours il les connaissait par cœur, et préférant la musique aux paroles, avait décidé de les chanter. Tournée générale, on rigole et il se met à pleuvoir. Dans l’escalier le rocker star de la soirée est amusé lui aussi. Il s’excuse auprès du chanteur mais se défend bien : « Moi j’interviens quand y’a pas d’amour » il dit, et ne se rappelle pas du nom de la fille.

Jeudi : Selector

Pour les magazines branchés et les célibataires la Saint Valentin c’est le pire truc : cliché, commercial, démodé. Ça reste quand même une bonne occasion de s’intéresser un peu les uns aux autres et de se demander en se regardant droit dans les yeux dans le miroir : Qui on aime en ce moment ? Pas les garçons ça c’est sûr qu’avec leurs histoires de « Ligue du Lol » c’est raté pour cette année. Dans les kiosques à journaux les quotidiens font que râler (inflation sur le Ricard et le camembert « Président »), vacances de Carla Bruni à la plage, nouveaux régimes détox et les Inrocks comme une utopie cool : l’idée que les vieux se font des jeunes. A la télé le Président fait le tour des salles des fêtes. Houellebecq a re-disparu, Internet se charge de Benalla, et dans la rue toujours du jaune. On écrit des chansons pour s’ancrer un peu dans le décor, on essaye de parler d’amour. Il y a la queue devant chez le fleuriste et on s’envoie des textos : « Tu fais quoi ce soir ? » « J’ai une surprise pour toi » Le jeudi accélère tout et ici c’est déjà le weekend. On s’appelle et on marche dans les rues. Les vitrines sont jolies tout est rouge et tout objet se transforme en cadeau potentiel : vêtements bijoux et parfums, mais aussi fromages, coffrets « bières du monde », calendriers de citations et « best of » chansons italiennes. On gonfle les ballons et quelqu’un choisit un CD. On regarde autour en hyperventilation, noyés dans le flux. Comme la vie va vite et on est pas d’accord. Il faut faire le tri il faut choisir et se demander comment vont les gens : Comment ça se passe l’amour, où se cachent les secrets, qui on aime en ce moment.

Vendredi : « Love street »

Et voilà c’est vendredi : On a survécu à la Saint Valentin. Les ballons-cœurs font la gueule et les fleurs fanent tranquille dans les vases. On prend la route tôt le matin, on voit le soleil se lever dans le rétroviseur. On roule pas vite on a le temps. C’est le week-end amoureux le cerveau un peu fatigué. On parle bas et on chante les chansons qui passent à la radio la fenêtre ouverte. On change de prénom on arrête de faire la gueule de toute façon l’hiver est déjà fini. On est bébé baby honey chérie chéri my love on est lovely. On suit la grande ligne blanche sur la corniche. Le vent fait danser les vagues et les vieux qui se baignent toute l’année. Les smartphones n’ont plus de batterie et les bennes à verres débordent de bouteilles de champagne bon marché. On va au soleil sur les rochers faire des bouquets de thym et regarder la ville d’en haut. Il fait bon et on ferme un peu les yeux. Le temps passe lentement, c’est calme. Les terrasses font le plein de visages à lunettes de soleil. Des gamins dessinent des trucs sur les nappes en papier. On se raconte des secrets sous le ciel jaune puis mauve et la nuit arrive comme la récompense du jour.