Le moi de février

De tous les mois de l’année, le mois de février est mathématiquement celui qui passe le plus vite et selon la maxime, février serait « entre tous les mois, le plus court et le moins courtois ». On aurait donc affaire à un mois pressé d’en finir en plus d’être un peu bourru si l’on en croit la croyance populaire. Mais ne cédons pas au diktat du dicton et hâtons nous d’en parler avant de voir débouler mars.

Février est le deuxième mois des calendriers grégorien et julien qui pour mémoire et à l’attention de ceux qui ont appris l’histoire à la télévision, étaient des empereurs romains et non des apprentis chanteurs de télé-crochets cathodiques.

Du latin februarius, en l’honneur de Februa, dieu de la mort et de la purification dans la mythologie romaine, février fut longtemps le dernier mois de l’année. Celle-ci débutait alors le 15 mars, à la fin de l’hiver, une semaine avant le sacre du printemps, auquel Stravinski doit une bonne partie de sa renommée. Le mois de février a toujours été triste et froid, entre deux, entre pluies et vents. Coincé entre le très peu jovial janvier et le pas marrant mars, février est souvent le mois des maladies, des hausses subites de température et des nez qui coulent. Naguère, la populace ne se lavait pas les mains à la solution hydro-alcoolique et se mouchait dans ses doigts avant de passer à table et février a souvent connu des pics de décès malgré les avertissements des autorités plus ou moins sanitaires.

D’autres sources apocryphes semblent avancer que février tire son nom de l’affichette qu’accrochaient les serfs à leur porte et au moyen-âge pour éviter de payer la dîme pour repousser les collecteurs d’impôts avec ces termes : « on est enfiévré ». Avec l’usage et par déformation, le terme serait resté et repris à l’époque moderne sur les chaînes d’infos pour annoncer le retour de la grippe annuelle en alternance avec l’épidémie de gastro-entérite à longueur de JT.

C’est le début du mois, la fièvre y est.

Tout le monde le sait, février est donc le mois le plus court de l’année civile, incongruité comptable qui perturbe les psychorigides puisque tous les quatre ans, on ajoute un jour pour passer de vingt-huit à vingt-neuf, rallongeant l’hiver qui ne demandait rien. Il fut même une époque où février compta jusqu’à trente jours ! Mais ça c’était avant que l’empereur Auguste jaloux de Jules ne vienne lui raboter l’extrémité pour le refiler au mois d’août et le mettre sur un piédestal d’égalité avec juillet. Comme quoi la vieille théorie de l’importance de la longueur sur la virilité masculine ne date pas d’hier.

De nos jours, le mois de février sert tous les quatre ans à rattraper le temps perdu sur la révolution terrestre autour du soleil, le 29 dudit mois étant consacré jour intercalaire et tombant comme de juste le jour de la Saint-Auguste : l’histoire n’oublie rien et il n’y a pas de petite vengeance.

D’un point de vue strictement encyclopédique, février n’est pas le meilleur ami du chroniqueur (à moins de s’appeler Lorànt Deutsch et de verser sans vergogne dans l’approximation historique au nez et à la barbichette royaliste des vrais scientifiques) : il n’existe pas de Rio de Februario ou d’ides de février, encore moins d’appel du 18 février et de février noir ou rouge. Il faut néanmoins noter que la révolution de 1848 est parfois dénommée révolution de février parce qu’elle s’est déroulée à Paris du 22 au 25 et qu’elle a mis fin à la monarchie de juillet. Ce qui me fait dire après l’anecdote d’Auguste ci-dessus que l’histoire est tout de même rigolote et un éternel recommencement pour qui veut voir du symbolisme là où il n’y a rien d’autre que des coïncidences.

Enfin, sachez que dans Hart to Hart (L’Amour du Risque en VF et en TF1 dans le texte), le chien du couple Jonathan et Jennifer, les justiciers milliardaires, s’appelait Freeway parce qu’il avait été trouve au bord d’une autoroute. Et qu’il ne devint Février dans la version française que pour des raisons de doublage et de sonorité par rapport aux mouvements de la bouche… Ce qui n’a absolument aucun intérêt si ce n’est que j’ai découvert au passage qu’il y avait eu cinq saisons de cette série légendaire de 1979 à 1984 et huit téléfilms (dont deux inédits en France), ce qui me laisse sans voix au moins jusqu’au 1er du moi suivant.