Alexandre Grothendieck (28 Mars 1928 -13 novembre 2014) : Un génie des mathématiques

A. G. séminaire

Enfant, étranger indésirable, on le mit dans un camp d’internement.
Sa fiche : A.G. dit Alex le Poète. Allemand, Russe ? Mère au camp. Enfant très intelligent. Très bon joueur d’échecs. Réclame le silence pour écouter la musique. Sinon, enfant tapageur, nerveux, brusque.

A Lasserre
Notes retrouvées à Lasserre

Son père, anarchiste, photographe de rue, n’avait qu’un bras, les tirs de la police tsariste lui avait arraché l’autre. Il disparut à Auschwitz.
Au camp, il apprit à être seul, à penser seul, il passait plusieurs heures par jour à écrire en vers, à jouer avec les nombres négatifs.
Il y vit aussi le mal, il dut se battre, il continuera à boxer plus tard.
Un jour, il s’échappa pour aller tuer Hitler. Les gendarmes le rattrapèrent.


Au lycée, il inventait ses propres exercices et se désintéressait du reste.
A l’université, il réinventa la théorie de la mesure et de l’intégrale de Lebesgue, dont il ignorait l’existence.
Il fut longtemps apatride.
Il trouva une nouvelle version fulgurante du théorème de Riemann-Roch.

Notes retrouvées à Lasserre

Il fit de l’algèbre commutative une partie intégrante de la géométrie algébrique. Il réécrit, en 2000 pages, toute la géométrie algébrique.
Souvent il avait l’impression d’être une taupe.
Il révolutionna l’étude de la nature même de l’espace et de ses points.
Il découvrit des relations cachées entre les objets mathématiques, des aspects cachées de ces objets, de nouvelles constructions mathématiques.
Il portait des sandales fabriquées avec des vieux pneus.
Il ne supportait pas les tapis.
Il ne pensait pas en termes concrets, il ne s’intéressait qu’aux propriétés générales, la pensée axiomatique lui était naturelle.
Il fut membre du plus prestigieux groupe de mathématiciens du 20e siècle. Il l’abandonna.
Il refusa les récompenses, les prix, les hommages, les bourses.


Il était en colère contre le monde.
Un jour, il frappa deux policiers.
A 63 ans, sans informer personne, il brûle 25 000 pages d’écrits mathématiques et quitte son domicile. Il disparait dans la montagne.
Le problème du mal est devenu son unique sujet.
Il craint l’œuvre du démon sur terre.
Il est obsédé par le diable et les mesures métriques.
Le diable a modifié la vitesse de la lumière, il a remplacé le nombre entier parfait 300 000 km/seconde par le nombre, laid, de 298 779 km/seconde.
La nuit, il lit et relit un exemplaire du Mémorial de la déportation des Juifs de France, il lit et relit la liste des 74 182 déportés, il souligne, annote, recopie des milliers et des milliers de noms, les rattache avec des flèches, avec des numéros, avec des lettres, les regroupe de toutes les façons possibles, par leur patronyme, leur date de naissance, leur lieu de naissance, leur lieu de résidence, leur nationalité, leur date de départ, leur date d’arrivée, la date de leur mort, l’absence de cette date, à la fin de chaque paragraphe, il marque SdV, Satan das Verfluchte, « Satan le Maudit ».
Après sa mort, on retrouvera dans sa maison une quarantaine de boîtes, renfermant 65 000 pages de notes.
Le village où il s’est caché près d’un quart de siècle forme un triangle équilatéral de 35 km de côté avec les deux camps où fut successivement interné son père, avant d’être déporté puis exterminé.

Avec sa bure, fin de vie