Tearaway Unfolded : Une aventure dont « Vou » êtes le héros

Jeu (bandeau)
JEU VIDÉO

Un aventurier de fortune porteur d’un message en quête de son destinataire, un monde de papier s’effeuillant au rythme de ses narrateurs sous les traits du ciel et de la terre et, entre les deux, vous, le Vou, tel est le nom dont vous vous retrouvez affublé dès les premières minutes. Tearaway Unfoled, dernier conte du studio anglais Media Molecule et adaptation de l’opus sorti il y a 2 ans sur Playstation Vita, offre une aventure de taille à son héros Iota et n’hésite pas à jouer constamment avec les codes de la narration et du gameplay en y incluant brillamment le joueur. Car si le jeu, en apparence classique, réunit les éléments indispensables propres à toute aventure soit un savant mélange entre affrontements, plate-forme et exploration, dans la pratique il n’en est rien.

TearawayUnfolded ne se démarque pas seulement par sa réalisation sans faille à l’esthétique rare avec son univers coloré fait uniquement de modèles de papier mais avant tout par sa volonté de renouveler constamment la façon de jouer, d’interagir. Pourtant, ce qui frappe le joueur en premier lieu comme tout livre à l’histoire à peine entamée, ce ne sont pas les premières lignes du récit mais bel et bien la première illustration.

Capture #1Des ciels pailletés d’étoiles, une mer abattant ses rouleurs de papier sur des plages de buvard, un monde monochrome fait d’une page blanche se dépliant sous les pas de Iota : la variété des paysages s’enchaîne et émerveille, nous faisant parcourir des vallées bucoliques où cohabitent les saisons, des domaines chevaleresques balayés par le vent, des pics enneigés gardés par des corbeaux hostiles, un laboratoire où est étudiée l’influence même du joueur sur le monde ou encore un désert ocre aux allures de quête initiatique. Cette diversité est à la hauteur de la beauté des paysages traversés, tantôt festifs, tantôt poétiques, toujours emprunts d’une candeur touchante et optimiste, tout comme les êtres qui les peuplent, pour la plupart des rongeurs facétieux et bavards. Le périple est également ponctué d’airs folkloriques et de mélodies tsiganes aux sonorités optimistes et joyeuses du plus bel effet, mêlant à la fois percussions, accordéon, flûte et violons en un mélange envoûtant et épique. Les compositions suffisent à elle seule à évoquer l’exploration d’un jardin en éveil, l’escalade d’un mont menaçant, un pèlerinage entre les pages, la traversée mystique d’une étendue aride ou encore une course folle à dos de cochon.

Capture #2Face au photoréalisme croissant, aux spécifications techniques gonflées et à la débauche d’effets déployés par les productions les plus coûteuses, Tearaway Unfloded bombe fièrement le torse, arborant une direction artistique audacieuse sans pour autant sacrifier aux contraintes techniques de cette génération. On s’étonnera de voir à quel point un monde en apparence aussi simplement construit peut à ce point respirer la vie, comment en quelques plis l’ensemble fourmille de détails et d’idées et combien ces origamis virtuels aux formes les plus élémentaires telles qu’un simple tube de carton parviennent à se montrer aussi suggestifs et prendre tour à tour la forme d’un sapin enneigé, d’une lance de chevalier et d’un pont de fortune. On applaudira également l’ingéniosité de Media Molecule qui, à défaut de mettre en avant une gestion poussée de la physique des fluides ou des particules, fait parfaitement illusion à l’aide de quelques anneaux de papiers, une ou deux feuilles ondulées et une poignée de confettis pour simuler avec brio des éléments aussi complexes que l’eau en mouvement. On appréciera enfin la fluidité de l’ensemble autant que certaines animations en stop-motion, accentuant l’aspect Arts &Craft de l’univers. Autant le dire, Tearaway Unfolded est la preuve définitive que le savoir-faire et l’imagination auront toujours plus de valeur que les moyens techniques et la puissance de calcul.

Capture #3Pour autant, ces moyens techniques, et plus particulièrement les possibilités matérielles offertes par la Playstation 4 sont largement mises à contribution et cela toujours de façon inventive et réussie. L’irruption du joueur comme partie intégrante de l’histoire repousse constamment les limites du quatrième mur séparant le joueur du jeu lui-même. Le joueur présenté comme une force divine protectrice et bienveillante dépasse les rôles d’acteur et de spectateur pour occuper celui de metteur en scène aux commandes des événements par le biais de la manette dont toutes les possibilités sont exploitées. La gyroscopie de la DualShock 4 permet avec aisance d’incliner, de contorsionner et de déplacer certaines plate-formes. La zone lumineuse de la manette couplée à la gyroscopie permet de simuler à l’écran le halo d’une lampe torche, éclairant les zones sombres, faisant pousser les plantes et éclore les fleurs ou encore aveuglant les Scraps menaçant. Le pavé tactile de la manette déclenche, d’un glissement de doigt, des bourrasques furieuses, chassant les ennemis, actionnant des mécanismes ou encore déroulant des chemins. D’une simple pression, la même dalle fait vibrer aux sons d’un tambour les nombreuses surfaces rebondissantes servant alors de trampolines à Iota.

Capture #4Au fur et à mesure, les interactions entre Vou et le petit héros se multiplient, ouvrant la voie à une véritable collaboration : le messager peut envoyer des objets ou des animaux au joueur au travers de l’écran qui les réceptionne dans la manette et peut alors s’en servir comme projectile. Le pavé tactile permet notamment de caresser les créatures captives dont les gigotements et les ronronnements sont retranscrits par des vibrations et par le biais du haut-parleur intégré. Un chapitre va jusqu’à se dérouler à l’intérieur même de la manette, à la fois centre de contrôle et artefact divin, où les mouvements de celle-ci influencent la structure entière de ce microcosme tel un puzzle labyrinthe à bille, donnant lieu à des énigmes et une mise en abîme astucieuses. Il est également possible à l’aide d’un micro de faire entendre sa voix et, à l’aide d’un smartphone ou d’une tablette via l’application compagnon, d’inclure des photos de soi pour retapisser le monde de ses propres motifs ou de réaliser ses créations personnelles de papier. En un clic, les modèles se retrouvent à répondre aux demandes des différents personnages amicaux qui croiseront votre chemin, depuis le roi des écureuils exigeant une nouvelle couronne jusqu’à un épouvantail souhaitant une expression plus menaçante, il vous faudra découper des gants pour Iota afin d’affronter le froid, détourer des nuages grondants pour faire naitre des orages ou encore dessiner une moustache bien fournie. Iota est lui aussi équipé d’un appareil photo afin d’immortaliser son voyage au sein de ces contrées oniriques, choisissant le bon objectif, le bon angle, sélectionnant le filtre approprié, réalisant des selfies, capturant de courtes vidéos et partageant le tout en ligne via une interface simple afin d’échanger et d’aimer les moments les plus mémorables entre les membres de cette joyeuse communauté.

Capture #5Tearaway Unfolded est sans conteste l’aventure la plus rafraîchissante et la plus innovante de cette fin d’année, sur le fond comme dans la forme. Accessible au plus grand nombre, cette histoire pleine de sensibilité saura toucher chacun, que cela soit pour son esthétique unique, la créativité et la richesse de son gameplay ou encore l’originalité de sa narration dont le dénouement bouleversant clôt magistralement ce comte magique par moments si réel.

Maintenant, c’est à Vou de jouer.

Jeu (pochette)Développeur : Media Molecule
Éditeur : SCE
Date de sortie : 09 Septembre 2015
Support : PlayStation 4
Mode(s) : 1 joueur
Classification : +3 ans