Le principe de Terrain vague est de guetter les apparitions – et de surveiller certains retours. Il n’est pas si fréquent d’y consigner des disparitions. On aurait aimé faire exception pour Jerome Rothenberg (New York, 11 décembre 1931 – Encenitas, Californie, 21 avril 2024), mais les mots ne sont pas venus et, comme il est hors de question de tomber dans le piège de la nécrologie préfabriquée (comme dans ces articles en grande partie écrits bien avant l’annonce du décès de la personne sur laquelle on s’étend longuement), on a préféré attendre un peu.
Xavier Girard
Ça y est, c’est parti, il a ouvert la fenêtre et grimpé sur une chaise, il s’est lancé à la conquête de l’air.
D’habitude, les choses ne lui font pas peur. Mais cette fois, la menace venait des planches disjointes de son atelier.
Il n’avait pas peur du noir, il avait peur de ce que le noir cachait de plus puissant que le noir.
Quoi qu’il fasse, un crayon à la main, ou l’un de ses appareils photos posé sur un pied, il assistait, mi effrayé mi ravi, à la multiplication des images.
Quand il allait au cinéma, ce qui ne lui arrive plus guère, il prenait place au bout de la rangée, vers la sortie, en cas de fatigue ou de risque imminent.
Cet été-là, ils avaient décidé de passer quelques jours à Saint Martian, au-dessus d’Apt, chez les parents d’un ami, dans une maison en forêt. Un matin, en allant chercher le pain, il avait remarqué au bord du chemin une voiture bleue, un de ces bleu qui ressemble à du noir, et n’avait rien trouvé de bizarre à cela.
Il s’appelait Léon, Léon Lavie, un nom qui sentait bon la fourniture d’eau et le moulin de meunerie. Il avait traversé la méditerranée et à peine débarqué à Marseille, où la Durance venait d’être amenée, il eut l’idée de faire fortune avec des chutes.
« (…) elle a fait de Louise Bourgeois, la fille qui n’arrête pas de courir après ses souvenirs, un personnage de roman ».