Après le remarquable Tip Top où, suite au meurtre d’un indic, la police des polices matait et tapait, Serge Bozon retrouve Isabelle Huppert pour Madame Hyde, son puissant nouveau film qui offre sans doute l’un de ses meilleurs rôles à l’actrice. Elle y interprète en effet la fragile et effacée madame Géquil, enseignante dans un lycée technologique, qui peine à tenir sa classe mais qui, un jour, frappée par la foudre, va devenir l’inquiétante et électrisante madame Hyde. Fable sociale et politique, où la comédie disjoncte en permanence avec un certain fantastique, Madame Hyde se révèle un grand film sur l’éducation, le désir d’enseigner et la possibilité de transmettre des idées en un éclair. C’est à l’occasion de sa sortie demain sur les écrans et dans un contexte où les violentes réformes de l’éducation ne cessent de s’enchaîner que Diacritik est allé à la rencontre de Serge Bozon le temps d’un grand entretien pour évoquer Madame Hyde, sans conteste l’un des films de l’année.

Il y a des choses qui ne changent pas, qui ne changeront jamais, déclarait un personnage de Trente ans et des poussières de Jay McInerney, premier volume d’un massif romanesque centré sur les Calloway, les « fiancés de l’Amérique », émanation du New York bouillonnant des années 80. Mais, comme le sait déjà Russell, « la vie devient plus compliquée à mesure qu’on vieillit ».

Nombre de romans américains parus ces dernières semaines rappellent l’essor et l’âge d’or français de ce genre (XVIIIè-XIXè siècles), un avènement lié à sa capacité à absorber le chaos, à classer un réel qui dépasse tout entendement et à tenter, sinon de le comprendre, du moins de le penser.
Deux microgenres romanesques semblent dominants dans ces publications récentes : les physiologies et les dystopies qui mêlent science et fiction pour mieux pour embrasser, classer et dépasser le réel. Tour d’horizon avec Garth Risk Hallberg, Lionel Shriver, Wednesday Martin et John Feffer.

Greta Gerwig as Frances Ha
Greta Gerwig as Frances Ha

Dans la jeune génération des actrices américaines, tout le monde connaît Jennifer Lawrence et Kirsten Stewart, dont on peut dire qu’elles allient le talent, le choix de bons scenarii (surtout la seconde) et une beauté envoûtante. Depuis trois ou quatre ans, une petite dernière a rejoint ce duo. Il s’agit de Greta Gerwig (prononcez ‘G’, comme dans Richard Gere, et non pas ‘dj’, quant au ‘w’ il faut l’omettre comme dans Greenwich, source le NYT), un peu plus âgée que Stewart et Lawrence puisqu’elle a 32 ans. En fait, elle est apparue en 2006 dans le paysage cinématographique américain, avec LOL qu’elle avait co-écrit, mais c’est avec le désopilant Frances Ha que Greta Gerwig s’est fait connaître au-delà des frontières américaines, en 2013. 

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Croyez-bien que j’en suis tout à fait désolé, mais le dernier Woody Allen, comme la grande majorité de son œuvre, est très réussi. J’aurais beaucoup aimé en dire un peu de mal, c’est fatiguant de dire toujours du bien de Woody, on manque d’inspiration pour dire, une fois encore, l’éblouissement que provoque presque chacun de ses films. Pire que tout, Cafe Society  fait une certaine unanimité. Bon, on sait bien que les mêmes qui encensent le film aujourd’hui nous expliqueront l’année prochaine que Woody ne fait plus rien depuis Annie Hall / Match Point / September (oui, certains critiques aiment beaucoup faire leur intéressant, parce qu’honnêtement, September, sauf si on a joué dedans…), si maintenant on doit être cohérent avec ce que l’on a écrit…

Woody Allen, Match Point

Double faute s’ouvre sur la même image que Match Point de Woody Allen : « la balle, en apesanteur, se figea, au sommet de sa courbe ». Mais elle retombe dans le carré de service.
Jeu, set et match. Willy croise Eric sur un cours, à Riverside Park, New York. L’amour est rencontre, tennistique comme amoureuse, des premiers échanges aux revers, « Double faute étant moins un roman sur le tennis que sur le mariage – un sport un peu différent ».

La UNE littéraire du vendredi 8 janvier jusque dans son jeu oulipien avec l'allemand NEU
La UNE littéraire du vendredi 8 janvier jusque dans son jeu oulipien avec l’allemand NEU

Dans les coulisses de la rédaction cette semaine : la rentrée littéraire d’hiver a commencé. Plus resserrée que l’estivale (qui débouche sur les prix d’automne, ceci expliquant cela) mais 476 publications quand même ! Nos colonnes en rendent compte, mais nous avons aussi parlé de livres qui ne sont pas liés à l’actualité — parce que la littérature n’est pas soumise à ce diktat —, de grands documentaires, de bande dessinée, de cinéma, de Sicile, de cuisine.

Freud 1

Paru en 1985, alors que Woody Allen s’acharnait déjà depuis longtemps d’ironie sur le cadavre de son psychanalyste new-yorkais, La Cuisine de Freud, signé du précisément psychanalyste James Hillman et de l’éminent docteur Charles Boer, se présente comme un manuscrit retrouvé de Freud, égaré dans les archives de l’homme viennois, une somme d’impensé auquel personne n’aurait trop prêté attention et qui, pourtant, contiendrait de manière inouïe l’essence même de sa science sinon mieux : son inconscient. Entre totems et tapioca, scones érogènes et Jung Food, à coups de jeux de mots lacaniens donc oulipiens, la cuisine chez Freud révèle ici sa cène primitive.