Depuis le 22 octobre dernier, l’interdiction quasi absolue de l’avortement a été prononcée en Pologne par le Tribunal Constitutionnel. Cette décision privilégie la morale catholique sur le droit. Après des attaques, depuis des mois, contre les personnes LGBT, les femmes jouent de nouveau le rôle de l’ennemi de l’Etat qui, faute de pouvoir faire passer ses lois liberticides par la voie parlementaire, les impose à l’aide d’une cour suprême aux mains d’alliés du PiS, parti conservateur au pouvoir. Un rassemblement avait lieu à Paris ce dimanche 25 octobre en solidarité avec les femmes polonaises. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.

Drapeaux arc-en-ciel, courses de camionnettes, brutalité : un Stonewall dans l’obscure Pologne ? Ces dernières semaines, les Varsoviens ont eu la surprise de voir fleurir des drapeaux arc-en-ciel un peu partout en ville. On les voyait hissés, enroulés, peints, accrochés sur les façades de hauts lieux du théâtre, de la culture, des institutions politiques mais aussi autour de statues des héros polonais, qu’ils soient guerriers, religieux, écrivains ou scientifiques.

L’été arrivant, vous vous laisserez peut-être tenter, si la situation sanitaire le permet, par la visite d’un des nombreux musées consacrés à la Shoah, d’un lieu de mémoire en France ou à l’étranger, ou même par la découverte d’un des camps d’extermination, parmi lesquels Auschwitz-Birkenau est celui qui attire le plus de visiteurs chaque année.

Une ville à cœur ouvert : le titre du premier roman de Żanna Słoniowska — et premier livre publié dans la collection Littérature des éditions Delcourt — pourrait évoquer une opération chirurgicale si le mot « cœur » ne devait pas être entendu, aussi, au sens musical et polyphonique du « chœur ». Le récit interroge en effet la perception d’un lieu, en tant que centre (identitaire, linguistique, géographique) mouvant, depuis la perception de quatre générations de femmes.

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Avec Un temps pour se séparer, Sébastien Smirou écrit un livre qui tourne autour de la figure de Robert Capa. Si l’investigation que mène l’auteur autour du photographe se présente comme une « fiction psychanalytique », elle est aussi l’occasion d’un certain rapport à soi, au monde, à l’histoire, à la psychanalyse, à la littérature, à la photographie, à la mort. Un temps pour se séparer met en œuvre une recherche littéraire qui conduit à l’invention d’un livre hybride et singulier, construit autant comme un journal que comme une fiction ou une série de réflexions subjectives – de notes – sur la psychanalyse, le corps, le geste photographique ou la judéité. Ce livre est enfin une approche de Robert Capa dans laquelle la visée purement biographique est remplacée par la tentative de cerner la vitalité d’une vie, la dynamique vitale à l’œuvre derrière – paradoxalement – la volonté de faire l’expérience de la mort, de photographier la « mort au travail ».

Capture d’écran 2016-02-22 à 09.29.56« Nous n’avions notre place nulle part, lui disait-il, aucun endroit sur terre ne voulait de nous » : cette phrase d’un Dernier refuge avant la nuit de Gwen Edelman (2002 dans sa traduction française) pourrait presque dire son second roman, Le train pour Varsovie qui vient de paraître chez Belfond : quarante ans après, deux survivants du ghetto de Varsovie reviennent sur les lieux qui ont vu leur vie basculer. Jascha et Lilka vivent désormais à Londres, lui est un écrivain célèbre, il a été invité à faire une lecture à Varsovie et Lilka a fini par le convaincre de s’y rendre, dans l’espoir qu’il leur soit possible de revenir en arrière et de mettre fin à une vie d’exil tout autant intérieur que géographique.