Dernier acteur encore en activité de l’âge d’or du cinéma italien, Marco Bellocchio est touché par la grâce depuis le début des années 2000 et ce chef d’œuvre « Le sourire de ma mère ». On a peine à citer un autre cinéaste qui enchaine depuis 20 ans les grands films, voire les chefs d’œuvres (n’ayons pas peur des mots quand ils sont les bons). Avec « L’enlèvement », le cinéaste signe une nouvelle fresque intimiste qui, en racontant l’histoire incroyable d’une injustice au XIXème siècle, nous parle, dans la grande tradition du cinéma italien, de notre XXIème siècle menacé de nous faire replonger dans l’obscurantisme.
Marco Bellocchio
Le monde entier est un théâtre, et tous les femmes et les hommes seulement des acteurs, et un homme dans sa vie joue différents rôles…
William Shakespeare, Comme il vous plaira
Marco Bellocchio est l’un des grands maîtres du cinéma mondial. Là où d’autres peuvent se reposer sur un système, souvent avec succès (voir le dernier Ken Loach, énième variation, brillante, du genre qui a fait sa réputation), Bellocchio reste insaisissable. Au lieu de nous éclairer sur sa cinématographie, chaque film est l’occasion de nous surprendre et de nous mettre en face de la grande complexité d’une œuvre singulière et d’une rare diversité.
Une excellente année pour l’industrie du cinéma nous déclare-t-on. La troisième meilleure depuis 50 ans. Pour l’industrie, les chiffres, certes. Et il ne faut pas se mentir, c’est une bonne chose lorsque l’on connaît le modèle de répartition qui profite à la création.

Comme tous les matins, lorsque je vais au travail, mon train s’arrête immanquablement devant le restaurant « La dolce vita » : un vaste espace de baies vitrées qui se trouve à côté de cette station RER à vingt minutes de Paris, où je m’apprête à descendre. Comme tous les matins, guettant des yeux la grande et discrète terrasse qui donne sur la Seine, immanquablement, je me dis : pourquoi ? Pourquoi La dolce vita ? Pourquoi on donne à certains lieux des noms de films ? Les films seraient-ils aussi des lieux ?
Depuis le début des années 2000 et Le Sourire de ma mère, Marco Bellocchio enchaîne les grands films avec une constance rarement vue. Pourtant, ce cinéaste majeur souffre d’un relatif mépris de la part de la critique française. Sangue del mio sangue sort donc dans l’anonymat et un parc de salle scandaleusement restreint.