Il est des livres qui emportent par l’histoire qu’ils proposent, puissante, véritable lame de fond qui masque le tour de force littéraire qu’une telle puissance suppose : Vera est de ceux-là. Ce pourrait être une histoire d’amour (impossible, dévastatrice), un roman d’apprentissage, un roman social. Tous ces types de récits sont là et pourtant ailleurs, comme un horizon, un idéal et peut-être une béance.

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Kate O’Riordan est Irlandaise, écrivain et scénariste. Chacun de ses romans dissèque, avec une précision redoutable, la complexité des sentiments, la puissance dévastatrice de l’intime, la force cruelle des secrets de famille et de la mauvaise conscience. Intimes convictions mettait en lumière les conflits de l’Irlande du Nord et du Sud, à travers l’histoire d’un couple, Kitty Fitzgerald et Danny O’Neill. Dans Pierres de mémoire, elle sondait le poids du passé et de l’amour maternel. Une mystérieuse fiancée, Le Garçon dans la lune ou Un autre amour travaillent eux aussi l’ambiguïté des sentiments, les ravages des secrets, le poids des liens et du passé sur les couples ou les familles, les failles qu’un événement tragique révèle soudain dans l’existence de chacun, la transformant à jamais tant pèse « ce qui rôde dans les tréfonds des souvenirs » (Le Garçon dans la lune).

Nul besoin d’être un beatlemaniaque ou un féru de cette vague de fond des vies imaginaires qui s’est (ré)emparé de la littérature pour plonger dans L’Œuf de Lennon, second roman de l’écrivain irlandais Kevin Barry, tout juste traduit aux éditions Buchet Chastel par Carine Chichereau. Si John Lennon est bien la figure centrale du livre, c’est moins en tant que célèbre membre du groupe qu’homme en pleine crise, voulant échapper au monde et à ses propres démons. 3 days in a live : « Il va passer trois jours sur son île. Voilà tout ce qu’il demande. Pouvoir hurler de tout ses poumons, bordel, hurler les jours en nuits, hurler aux étoiles la nuit — s’il y a des étoiles, qu’elles se manifestent ».

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Dermot Bolger est un observateur implacable de la société comme des relations humaines : dans chacun de ses romans, une crise est le prisme par lequel un moment est analysé, rendu à sa complexité comme à sa force romanesque. Une illusion passagère récit avec lequel Ensemble séparés peut fonctionner en diptyque, comme nous l’explique l’écrivain, il s’agissait déjà de la Chute de l’Irlande, The Fall of Ireland, titre original du roman.
Diacritik a rencontré l’écrivain irlandais de passage à Paris en juin, l’occasion d’évoquer avec lui Ensemble séparés qui vient de paraître aux éditions Joëlle Losfeld et plus largement son rapport au roman.

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La 8ème édition du Festival America aura lieu, à Vincennes, du 8 au 11 septembre prochain, rendez-vous incontournable pour les amateurs de littératures américaines. Diacritik est associé à plusieurs de ces rencontres et vous propose, durant l’été, de revenir sur quelques-uns des auteurs invités. Aujourd’hui, Colum McCann et Transatlantic, roman paru chez Belfond, désormais disponible en poche chez 10/18.

Dermot Bolger
Dermot Bolger

L’œuvre de Dermot Bolger questionne l’Irlande contemporaine, sa grandeur et ses illusions perdues. Alors que son dernier roman, le douzième, Tanglewood, va paraître en France le 18 août prochain aux éditions Joëlle Losfled sous le titre Ensemble séparés — Diacritik reviendra sur ce livre, article accompagné d’un entretien vidéo avec l’écrivain — retour sur Une illusion passagère (2013).

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Dans une page de remerciements, à la fin de son premier roman, Tout ce qui est solide se dissout dans l’air, l’écrivain irlandais Darragh McKeon cite, parmi d’autres influences, Svetlana Alexievich et sa Supplication (Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse). Et la filiation entre les deux livres est en effet troublante, la réponse de la fiction à l’enquête, une forme de transfictionnalité avec le réel et le document comme point d’appui commun, le prolongement dans Tout ce qui est solide d’un dialogue ou de ces discours qui innervent La Supplication, « des bribes de conversation », pour dire non pas seulement une catastrophe technologique et écologique majeure mais des drames humains, intimes, l’histoire collective comme singulière d’un événement.

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Kate O’Riordan est Irlandaise, écrivain et scénariste. Chacun de ses romans dissèque, avec une précision redoutable, la complexité des sentiments, la puissance dévastatrice de l’intime, la force cruelle des secrets de famille et de la mauvaise conscience. Intimes convictions mettait en lumière les conflits de l’Irlande du Nord et du Sud, à travers l’histoire d’un couple, Kitty Fitzgerald et Danny O’Neill. Dans Pierres de mémoire, elle sondait le poids du passé et de l’amour maternel. Une mystérieuse fiancée, Le Garçon dans la lune ou Un autre amour travaillent eux aussi l’ambiguïté des sentiments, les ravages des secrets, le poids des liens et du passé sur les couples ou les familles, les failles qu’un événement tragique révèle soudain dans l’existence de chacun, la transformant à jamais tant pèse « ce qui rôde dans les tréfonds des souvenirs » (Le Garçon dans la lune).

Son dernier roman, La Fin d’une imposture, est un concentré de son univers, un roman sur la culpabilité et la pénitence — le titre original du livre, Penance — quand le pire s’abat sur une famille jusque là sans histoire mais aussi une fable sur la fiction comme arme de fascination et manipulation.

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Dans une page de remerciements, à la fin de son premier roman, Tout ce qui est solide se dissout dans l’air, l’écrivain irlandais Darragh McKeon cite, parmi d’autres influences, Svetlana Alexievich et sa Supplication (Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse). Et la filiation entre les deux livres est en effet troublante, la réponse de la fiction à l’enquête, une forme de transfictionnalité avec le réel et le document comme point d’appui commun, le prolongement dans Tout ce qui est solide d’un dialogue ou de ces discours qui innervent La Supplication, « des bribes de conversation », pour dire non pas seulement une catastrophe technologique et écologique majeure mais des drames humains, intimes, l’histoire collective comme singulière d’un événement.