Devant les ultimes photos de Proust, dans les derniers moments de son séminaire à la lisière de 1980, Barthes a laissé échapper une définition de l’image qui semble en épuiser la matière nue, celle qui veut qu’« une image, c’est, ontologiquement, ce dont on ne peut rien dire. » Nul doute que Denis Roche aurait pu, depuis sa discrète mais aussi bien intense et décisive activité de photographe, souscrire à ce bientôt presque aphorisme de Barthes, lui, Denis Roche, qui, poète ultime, sur la frange de ce qui ne se verra pas, trouve très tôt dans l’image fixe et le plaisir joint de la chambre claire et de la photographie le moment opportun, la tuché folle qui dérobe, par la vision, le langage au langage.

Denis Roche parle des fenêtres. Est-ce que cela signifie que ses mots sont des fenêtres ? Il écrit : Échapper à l’enchaînement obligatoire. Il écrit aussi : L’instant de folie qu’abrite le déclenchement de la photo. Ecrit-il que la folie de la photo est cette échappée hors de la rationalité obligatoire ? Que la photo elle-même est cette échappée, la folie au centre du regard ? Au centre du monde ? Au centre du monde après le monde, là où il n’y a pas de centre ? Denis Roche dit qu’il vit dans un monde de fenêtres. Qu’il s’est construit un monde de fenêtres et de verrières. Les miroirs aussi sont des fenêtres. Comme les photos. Et les mots.