Plus qu’un « recueil », il s’agit d’un recueillement qui rassemble des textes tous écrits pour la plupart après la mort de Michel Deguy survenue le 16 février 2022. Martin Rueff compare les six parties plus une septième qui composent Mode avion à un dé – un dé à sept faces qu’il lance dans le ciel de la poésie en le plaçant sous le signe de Michel Deguy.
Jean-Pierre Ferrini
Il n’est pas certain qu’il faille lire le dernier livre de Christophe Fourvel comme un « roman noir ». On reconnaîtra le style qui lui est propre, qui caractérise l’ensemble des autres livres qu’il publie maintenant depuis plus de vingt-cinq ans. Lorsqu’on l’interroge, il répond que son écriture « réside à son insu dans une unité qui l’autoriserait à aborder tous les champs littéraires ; qu’il creuserait d’une certaine façon un unique sillon et ce, quoi qu’il entreprenne ».
En hommage à Florence Delay, romancière, académicienne, universitaire décédée ce mardi 1er juillet 2025, Diacritik republie deux articles consacrés à l’autrice et son livre Il n’y a pas de cheval sur le chemin de Damas (Le Seuil, coll. La Librairie du XXIè siècle) : la rencontre entre Florence Delay, Denis Podalydès et Martin Rueff lors de la soirée Coïncidences du 27 juin 2022 à La Maison de l’Amérique Latine et la recension de Jean-Pierre Ferrini, Conversion brève : Florence Delay (Il n’y a pas de cheval sur le chemin de Damas).
Et virgule (2025) est le troisième volet d’une « trilogie » après Théorèmes de la nature (2017) et Descriptions (2021). Et, et… La conjonction coordonne ces trois livres qui n’en forment qu’un seul, un peu comme les cinq « chapitres », ou les cinq bords du « chapeau » qui agençaient Les jungles plates (2010). « Et virgule »… La virgule, elle, indiquerait une suite, une autre suite, ou que l’objet poétique que nous tenons dans les mains, que nous croyons tenir entre nos mains, n’a pas de fin, qu’il est infini, inachevable : 141 poèmes pour Et virgule, comme Théorèmes de la nature, et 143 pour Descriptions. Plus de quatre cents poèmes donc, 425 exactement, tous en prose, d’inégale longueur (parfois juste une phrase, une phrase-vers), et qui n’excèdent jamais une page.
Je me souviens que j’avais éprouvé une très forte émotion en voyant à sa sortie en France Kaos, le film des frères Taviani qui est une adaptation de quatre nouvelles de Luigi Pirandello. À cette époque, au début de l’année 1985, nous ne savions pas ce qui nous attendait. Le numérique n’avait pas encore changé notre rapport au monde. Nous vivions dans une espèce d’opacité que nous finirions presque par regretter aujourd’hui.
Il y a trois films dans Les Guerres de Christine S. : le film lui-même avec des extraits de deux autres films de Philippe Vallois, Huguette Spengler, ma patrie la nébuleuse du rêve (1984) et On dansait sous les bombes (1994), un documentaire qui suit Christine Spengler lors d’un reportage qu’elle effectua au Liban. Plusieurs strates composent par conséquent ce portrait dans lequel on reconnaît le « style » d’un cinéaste.
Le titre du dernier livre d’Alain Galan est énigmatique. On se demande ce que signifie l’expression « battue à l’abîme ». Puis, le sens de cette expression finit par s’éclairer : comme on frappe avec un bâton des buissons pour en faire sortir le gibier, il s’agit de frapper avec un croc de chiffonnier des mots ou des phrases qui ont été jetés dans l’abîme au fond d’un ravin…
Un masque, dans notre imaginaire, s’anime de diverses manières. En premier lieu, il renvoie au monde du Jeu, du théâtre, celui de la Tragédie ou de la Comédie. Il est un instrument par lequel on se dissimule, se dédouble. Il peut également appartenir au registre de la ruse. On connaît la célèbre maxime cartésienne, larvatus prodeo, « j’avance masqué »… Dans Le masque de Hegel, nous entrons dans un tout autre monde, celui qui sépare la vie de la mort, qui marque de son empreinte le visage d’un mort, ou qui reflète pour les vivants, le visage de la mort. Nous sommes davantage face à un memento mori. Le masque prend la place du crâne. To be, or not to be, se répète-t-on.
Le livre de Gérard Macé, Silhouette parlante, s’ouvre par un paradoxe, puisque l’auteur commence par annoncer qu’il n’écrit plus. « Je n’écris plus », écrit-il. Je n’écris plus, mais…, corrige-t-il aussitôt. Il s’agit donc d’essayer de comprendre comment ce livre s’est écrit malgré tout.
En 1984, Marguerite Duras recevait le prix Goncourt pour L’Amant. Quarante ans plus tard paraît une édition spéciale (enrichie de quatre entretiens avec Marguerite Duras et de reproductions de manuscrits et tapuscrits originaux) qui retrace la genèse de cette parution.
Le Théâtre du Voyageur se situe à Asnières-sur-Seine, dans la gare même d’Asnières-sur-Seine, sur le quai D. On prend le train à la gare Saint-Lazare, et cinq minutes plus tard environ (si on tombe sur un « direct ») on arrive à destination. Depuis ce quai D, il suffit alors de longer un long bâtiment, un entrepôt SNCF au bout duquel a été aménagé le théâtre.
Si Béatrice Commengé ne semble jamais arriver à destination, dans Ne jamais arriver, elle donne l’impression de voyager, réellement. Une fois le livre refermé, lu, nous avons presque eu l’impression, paradoxalement, d’être allé avec elle jusqu’à Contantza, en Roumanie, sur les bords de la mer Noire.
Plusieurs préalables dicteraient la lecture de La Spirale de l’histoire, le second tome des Utopiques que publie Gilles Jallet, après le tome 1 paru chez le même éditeur en 2023. D’abord, avoir vu in situ les fresques que Miklos Bokor (1927-2019) a réalisées dans la chapelle de Maraden en référence à la Shoah. Les avoir vues en reproduction (ou non). Puis, lire le livre pour lui-même en établissant une relation avec les livres précédents de Gilles Jallet en tenant compte (ou non) du texte Dans le secret de la rencontre, qui raconte comment Gilles Jallet est allé à la rencontre de Miklos Bokor (Libr-critique. La littérature dans tous ses états). Pour l’instant, on choisira une lecture pour le livre et rien que pour le livre.
Le petit livre de Dany-Robert Dufour et Nicolas Postel pose une double question : D’où vient et où va le capitalisme ? Dufour commence par répondre à la première question, celle du capitalisme en tant qu’utopie, tandis que Postel poursuit en répondant à la seconde question, en quoi cette utopie mène à l’effondrement. In fine, face aux multiples interrogations, le duo d’auteurs entend proposer une alternative, pour un « penser autrement ».
Cécile A. Holdban désirait faire résonner une autre histoire, celle à travers les âges d’une poésie « écrite par des femmes », de Sappho à Christine de Pizan jusqu’à Marceline Desbordes-Valmore. Mais entre le siècle dernier, qui dans la perspective qui était la sienne ne ressemble à aucun autre, et les époques précédentes, elle constata que le chant était trop discontinu, ou que la dimension encyclopédique trahissait des manques qu’il aurait fallu malgré tout justifier. Premières à éclairer la nuit est un portrait épistolaire de quinze femmes poètes, toutes traversées différemment par l’histoire du XXe siècle.