Nous apprenons, avec une immense tristesse, la mort de Stéphane Bouquet. Poète, scénariste, critique, l’« ancien jeune homme » écrivait dans Tout se tient (P.O.L, 2025, lire ici la critique de Christian Rosset) se rapprocher « mais à distance des probabilités de la mort ». En hommage, nous republions l’article que Jean-Claude Pinson avait consacré à l’un de ses précédents recueils, Neige écran.
Jean-Claude Pinson
Longtemps attendue, espérée, désirée, longuement mûrie, La Petite Beune, suite magnifique à la non moins magnifique Grande Beune, parue il y a maintenant un quart de siècle (très précisément en 1996), sera donc venue, comme le roi, quand elle l’aura voulu, à son heure, l’heure juste de ce midi du désir qui constitue, du récit, le foyer et le thème. Venue à temps, mais un temps sien, et de ce fait à plus d’un titre intempestive.
Inclassables souvent sont, « aujourd’hui que la poésie ne ressemble plus à rien », les livres dits « de poésie ». Et c’est plus encore le cas avec ceux de Stéphane Bouquet. Ainsi n’hésite-t-il pas, dans son dernier ouvrage, Le fait de vivre (2021), à mêler allègrement le poème, le récit et la pièce de théâtre. Poésie poïkilos, bariolée, qui créolise de la plus rafraîchissante des façons vers longs et vers courts (éventuellement avec notes afférentes), prose narrative et prose dialoguée.
Personne n’a oublié Dans les geôles de Sibérie, ce remarquable récit, paru en 2020, où Yoann Barbereau racontait comment, victime d’un coup monté (d’un kompromat) et emprisonné (puis assigné à résidence et contraint de porter un bracelet électronique), il était parvenu à échapper, à Irkoutsk, en Russie, à la veille d’un procès jugé d’avance, aux griffes du FSB. Une cavale sans autres moyens que son courage et l’aide de quelques amis, dont surtout cette Yana qui donne son nom au titre de ce deuxième livre. Une figure féminine dont on ne découvre la personnalité hors du commun qu’avec ce nouveau récit.
L’eau et le feu ? – L’eau de l’estuaire (celui de la Loire) et le feu de la phrase (celle de l’auteur, remarquable par sa vivacité et sa plasticité, semblable à ces flammes dont le narrateur et sa compagne, au terme d’une longue marche, contemplent le fascinant mouvement dans l’âtre qui ronfle).
Longtemps attendue, espérée, désirée, longuement mûrie, La Petite Beune, suite magnifique à la non moins magnifique Grande Beune, parue il y a maintenant un quart de siècle (très précisément en 1996), sera donc venue, comme le roi, quand elle l’aura voulu, à son heure, l’heure juste de ce midi du désir qui constitue, du récit, le foyer et le thème. Venue à temps, mais un temps sien, et de ce fait à plus d’un titre intempestive.
Devant l’aggravation de la situation climatique, devant la marche forcée de la sixième extinction, devant l’impuissance et la dispersion de l’écologie politique se pose la question pressante d’une « écologie littéraire ». Débrouiller cette question exige un état des lieux : pendant que le monde brûle, que fait la littérature ? Que font les études littéraires ? Que devient l’écopoétique ? Ces questions sont au centre des revues LHT et Acta qui viennent de paraître sur Fabula.