La mer – Ionienne – à perte d’horizon et une liste de prénoms dont une voix-off égrène les sonorités italiennes s’envolant dans l’infini du souffle bleu. Le ton du documentaire est donné dès la première scène, dès les toutes premières minutes qui ouvrent le regard et le cœur : Un Paese di Calabria de Shu Aiello et de Catherine Catella est à voir pour lui-même et son esthétique, pour son sujet atypique et pour tous les aspect sociopolitiques qu’il évoque et qu’il soulève.

Après Delores, de Sarah Schulman, reprend certains codes du roman policier américain : meurtre, enquête, détective narrateur, point de vue unique de celui-ci, dérive urbaine, atmosphère sombre, alcool, etc. Si Sarah Schulman reprend ces codes, c’est surtout pour les déplacer, en faire le moyen de renversements autant que les révélateurs d’une réalité invisible ou invisibilisée.

Tassadit Imache revient à la fin de ce mois d’août 2017, après un long silence, avec un beau récit épuré et bruissant de silences et de traces mémorielles, Des cœurs lents, édité aux éditions Agone à Marseille, dans la collection « Infidèles », présentée ainsi : « Montrer ce qui pourrait être plutôt que ce qui est, mettre à l’épreuve des rêves et non se lamenter des faits, vêtir les vaincus d’étoffes victorieuses et donner à l’imagination l’injustice à ronger : voici quelques-unes des visées de la littérature publiée dans la collection ‘Infidèles’, qui contourne soigneusement utilitarisme partisan, tours d’ivoire dorées, traductions littérales et dogmes sacrés. »
Tout un programme pour éditer des œuvres de qualité, en marge souvent des attentes orientées d’un public de lecteurs.

Arno Bertina écrit que J’ai appris à ne pas rire du démon est « peut-être aussi une biographie », celle du chanteur américain Johnny Cash. Mais, en même temps, le livre est une fiction, moins dans le sens où il s’agirait de produire une vie imaginaire de Johnny Cash, une vie « romancée », que d’extraire de cette vie ce que la fiction peut en extraire, qui ne peut être qu’écrit – d’atteindre le niveau où la vie est fiction, c’est-à-dire indétermination, mouvement, multiplicité, paradoxe.

Paru en 2013 et produit par un seul homme, le développeur américain Lucas Pope, Papers Please est un jeu vidéo inclassable aux graphismes rudimentaires, qui n’ambitionne rien de moins que de nous faire jouer le rôle d’un petit fonctionnaire, chargé d’admettre ou non sur le territoire d’un pays soviétique imaginaire une foule qui se presse tous les matins à l’entrée de son checkpoint.