Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
bras en position
de harpiste
l’Algérienne
les grands anneaux d’or
oscillent au gré
de ses mouvements de tête
diffusant par éclats
des reflets de lumière
– à quoi penses-tu ?
– je tisse
– ça n’empêche pas de penser
– la couleur, c’est ça que je pense
l’Algérienne défait
une ligne noire
sur son métier
recommence
se concentre
puis recommence
elle a mal aux jambes
(mouvement lancinant
des pédales)
se souvient
des venelles en pente
de la casbah
si étroites
qu’on ne peut
y marcher à deux
de front
se souvient
quelle folie
de leur façon à eux enfants
de sauter d’un toit
à l’autre
bousculant parfois
une antenne de télé
on leur disait
tu peux mourir
si tu la touches
elle sort de la maison
et part nager
bien avant l’heure
les créoles de l’Algérienne
ravivent Reflets dans un œil d’or
somptueux titre de Carson Mac Cullers
repris par John Huston
B
trop de rêves
ça fuse la nuit
avec motifs récurrents
la lionne – tigre parfois –
qui la ravit en sa grâce
de gros chat
la merde
sous différentes formes
(ça la réveille)
la nuit dernière
la blonde a rêvé de la piscine
du Roc Hôtel
au bord du fleuve
(club réservé aux Blancs)
n’existe plus
lui dit Félicité
la blonde décide d’aller voir
et puis non
préfère imaginer
la piscine vide
aux murs craquelés
le fond jonché
de terre et de branches
depuis la récente tornade
dans l’espace du bar
qui fut glamour
des tabourets renversés
bouteilles et verres
brisés
la grande glace horizontale
dans laquelle se miraient
les consommateurs blancs
intacte au-dessus du bar
et inscrites
dans ses molécules de tain
l’image d’un monde
enfin révolu