Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
Théo a peur pour elle
climat politique délétère
seul l’usage des armes
fait force de loi
le petit hameau
quatre maisons
en bord de mer
ne devrait pas les attirer
il espère
on la dirait elle
inconsciente du danger
mais non
elle explique à Théo
qu’elle a déjà vécu
sous menace de mort
qu’il n’y a de solution
que de le savoir
une nuit
des bruits étranges
réveillent l’Algérienne
des bruits inconnus qui
suspendent sa respiration
le sol est comme balayé
la terre résonne de pas
elle s’assied dans son lit
écoute
ne comprend rien
à ces bruits étranges
les pas continuent
de chuinter
et parfois
s’arrêtent net
pour être repris
d’un autre côté
ce ne sont pas des soldats !
l’Algérienne se lève
et par la fleur découpée
dans la porte en fer
elle découvre les ados
qui jouent au foot
sans un mot
parfaitement silencieux
elle éclate de rire
et s’en va
s’assoir de l’autre côté
de la maison
l’Algérienne émue
par les joueurs nocturnes
se berce
du bruit des vagues
B
Prestat est toujours là
et sa femme Odette
leurs enfants
panthères singes et oiseaux
peuplent
son atelier
sous verre
les papillons turquoise
le Grand monarque
Prestat à la blonde :
ma vie est ici
je ne partirai jamais
pas sûre
d’adhérer à son travail
de taxidermiste
la blonde
j’ai sauvé 35 espèces
explique-t-il
mes chasseurs
ne sont pas des trafiquants
elle caresse
une panthère noire
aux yeux jaunes
j’aurais dû t’apporter
mon petit singe
ils l’ont tué
dans un mois
les caféiers fleuriront
reviens !
elle roule dans la nuit
sous un ciel clair
étoilé
au bord de la route
d’éternels marcheurs
chargés de ballots
une vieille femme
aux seins aplatis
jusqu’à l’aine
accroché à son front
sur le dos qui ploie
un lourd fagot
la blonde aimerait l’aider
« ne jamais s’arrêter
en brousse la nuit »
écho d’un diktat familial