Grève de la lecture : je ne dirai rien de la rentrée littéraire (Rebeka Warrior, Fatima Daas, Nassera Tamer, auror.404, Adrien Le Bot)

© Baptiste Thery-Guilbert

Ça commence par un lundi matin de juillet à la plage.

Vous êtes parti en vacances avec une sélection de romans de la rentrée littéraire reçus par La Poste après les avoir dûment sélectionnés, en suivant une grille plus ou moins personnelle et opportuniste. Du genre : j’avais adoré son premier roman, il me tarde de lire son second. Mais aussi : je veux être le premier à lire le roman à paraître de : «…» (insérer personnalité qui s’essaie à la littérature). Ce lundi matin de juillet à la plage, vous avez fini le roman de Rebeka Warrior, vous vous apprêtez à commencer celui de Fatima Daas, et vous commencez sérieusement à vous demander : et si je faisais la grève de la lecture ?

Comme j’ai vécu l’intégralité de mon enfance et de mon adolescence à Marseille, le concept de grève m’est très familier. Même si une grande partie de la population marseillaise s’en offusquait — surtout l’été, où la fonte des poubelles noires commençait vraiment à affecter tout déplacement piéton —, je me suis toujours convaincu du bien-fondé de ce moyen de lutte, en totale solidarité avec ce corps de métier broyé par les sociétés de sous-traitement privées exploitées par la Métropole (de droite, de surcroît). Je réalise, bien entendu, immédiatement, le décalage entre une grève de ce type, et une grève « de la lecture » — d’autant plus à l’approche d’un 10 septembre tout à fait nécessaire. Il faut être bien confortable, au bord de mer, avec tous ses livres reçus par La Poste, pour se poser ce genre de questions. Il faut avoir le temps, aussi, sans doute. C’est l’été, je suis partiellement au RSA, j’ai le temps, entre deux appels de ma contrôleuse et trois relances de l’URSSAF, alors je me demande : qu’impliquerait, concrètement, cette grève de la lecture ?

Première possibilité

Paris, ce même lundi matin de juillet, loin de la mer. Tous les lecteurs (vous y compris) sont allongés dans leur canapé. Vous vous redressez pour prendre votre iPhone et écrire à un autre lecteur. Alors, qu’est-ce que tu as pensé de «…» ? Rapidement, vous parlez du fait que vous ne lisez plus du tout depuis des mois, et qu’en conséquence vous n’avez rien lu de la rentrée littéraire à venir ; puis vous passez à votre autre sujet de conversation préféré, à savoir qui est gay ou non dans la sphère politique actuelle. C’est formidable, cette connexion : vous êtes d’accord sur toutes vos hypothèses. Vous décidez de poursuivre la discussion sur la non-lecture et sur vos fantasmes plus ou moins politiquement avouables au café, et vous finissez par dîner ensemble jusqu’à quatre heures du matin. Il n’y a plus de métro à cette heure-ci (comme par hasard). Vous dormez chez votre ami, sur son lit dont le sommier est intégralement constitué de vieilles éditions de Dostoïevski que personne n’a lues. Vous vous aimez. Au réveil, vous décidez de vacances communes. Conclusion : la non-lecture a provoqué l’amour (fin positive).

Deuxième possibilité

Paris, ce même lundi matin de juillet, loin de la mer et des détritus. Vous êtes à cet endroit étrange où, depuis le 5 juillet, on peut se baigner dans la Seine ; mais la vision de silures qui vous aspireraient les jambes vous empêche de mettre un pied dans l’eau. Vous restez sur le quai, en plein cagnard, et en plus vous n’arrivez pas à lire. Vous prenez votre iPhone, mettez la luminosité au maximum et écrivez à un ami lecteur. Lui, il est en train de lire. Non seulement il vous envoie un selfie de lui en train de lire un roman à paraître hyper attendu, mais en plus il est persuadé que ce qu’il est en train de lire sera probablement le roman de l’année (voire de la décennie). Vous bloquez immédiatement ce correspondant. Finalement, vous pensez vous baigner dans la Seine pour que les silures vous emportent, ou qu’une infection à l’E. coli vous donne un bon prétexte pour rester alité devant la télé tout l’été. Plutôt, vous décidez d’appeler un ami professeur aux Beaux-Arts de Cergy (tous les lecteurs parisiens professionnels en ont au moins un à disposition). Face à son inévitable détresse en cette saison estivale où il n’y a aucun étudiant à harceler moralement, ni vernissage d’exposition expérimentale (de toute façon, l’été, tous les artistes sont à Marseille ou au Levant), vous vous rassurez sur votre compte : il y a bien pire que vous. Vous vous remettez donc à ne pas lire en toute sérénité. Conclusion : la non-lecture, c’est pas si pire (fin neutre).

Troisième possibilité

Paris, ce même lundi matin de juillet, loin de la mer, des détritus, et des artistes qui s’ennuient ensemble. Vous êtes en train de lire. Vraiment. Un truc super. Un autre lecteur vous écrit son désarroi : il a reçu une dizaine de services de presse sur lesquels il doit écrire, mais il n’arrive pas à ouvrir ne serait-ce l’un d’entre eux. Ils ont tous l’air très mauvais (ça arrive). Dans une démarche sans doute teintée d’un certain masochisme, il vous demande si, vous, vous lisez. Vous l’informez en toute parcimonie que, non seulement vous avez reçu une dizaine de services de presse sans aucune obligation d’écrire sur l’un d’entre eux, mais qu’en plus ils étaient tous exceptionnels. Le lendemain, vous ferez semblant d’être affecté à son enterrement, avec la grande élégance qui vous caractérise, vous, lecteur accompli — et vous le mentionnerez avec émotion dans votre première émission de la chronique hebdomadaire de France Inter qu’il occupait avant sa mort, place que vous occuperez toute l’année durant. Conclusion : ne pas lire peut provoquer le décès, ainsi que des perspectives professionnelles réjouissantes (fin morbide).

Quatrième, et dernière, possibilité : fin de la grève de la lecture

Pas Paris. C’est les vacances d’été. Je suis à Marseille, chez moi ; ou je suis à l’océan, en famille. C’est vraiment les vacances. Bientôt, je ne ferai plus la grève de la lecture : je me décide enfin à lire un livre de ma sélection, le premier. Je commence par Toutes les vies de Rebeka Warrior, édité par Stock — qui, décidément, semble de plus en plus vouloir consacrer sa collection littérature française à des romans de personnalités Quotidien-compatible (Blandine Rinkel, Tim Dup, Cédric Sapin-Defour) quand elles n’en sont pas carrément issues (Panayotis Pascot, Ambre Chalumeau). Les règles de la collection sont simples : consensualité, nom déjà repéré, belle-gueule — et le nombre de ventes atteint des sommets. On ne peut pas leur en vouloir : la maison, qui appartient au groupe Bolloré depuis deux ans, se doit de répondre à des logiques commerciales, faire du profit, déranger le moins possible, etc. Et sur le marché, aucune prise de risque. Ces dynamiques libérales autoritaires et capitalistes sont assez perverses pour s’autoriser à inclure dans leur catalogue ceux qui a priori les combattent ; presque aucune surprise, donc, à voir que le premier roman de Rebeka Warrior, compositrice post-punk, se retrouve en tête de gondole de la rentrée littéraire des éditions Stock. (Pour poursuivre, voir ici)

Je suis quand même presque rassuré de voir que, dans l’empire éditorial à la sauce Bolloré, les éditions Stock sont encore exemptes de publications véritablement nauséabondes dans sa collection littérature. Pour combien de temps ? Chez Fayard, côté littérature, depuis quelques mois on peut lire tranquillement des torchons réactionnaires qui se veulent subversifs, mais qui n’entretiennent que les clichés et les logiques fascisantes — Carnes d’Esther Teillard en tête, publié comme ça, aux côtés de Philippe de Villiers, Jordan Bardella et Éric Ciotti (et on invite l’autrice à tour de bras sans trop se poser de questions, apparemment). À se demander si la concurrence, Flammarion, n’a pas publié Raphaël Quenard uniquement pour essayer de récupérer quelques parts de marché de ce côté-ci ; un roman de féminicides « à la cool », rien de mieux pour finir top des ventes ! Et chez Stock, c’est pour quand ? C’est la porte à côté, mais pour le moment, ça tient. Alors en attendant, on guette.

Tout ça m’a carrément donné envie de reprendre ma grève de la lecture ; au lieu de ça, je décide simplement de ne plus chroniquer un livre publié par le groupe Bolloré jusqu’à nouvel ordre.

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Alors je commence le nouveau roman de Fatima Daas : Jouer le jeu. Une citation de Chantal Akerman en ouverture, que je recopie ici : « On détourne l’adolescent d’une compréhension totale des choses en limitant et imposant une prise de conscience qui se situe au niveau du psychologique et en occultant tout le niveau politique. »

On avait rencontré Fatima Daas il y a cinq ans avec La petite dernière, un roman à la première personne plein de verve, aux allures de one-woman-show engagé. L’autrice avait des choses à dire et les disait bien. Elle revient aujourd’hui avec un roman plus classique, plus narratif, où l’on suit un groupe d’amis dans un lycée de banlieue. La force du texte de Fatima Daas tient dans les descriptions minutieuses de cet environnement scolaire et plus généralement du quotidien de chacun des personnages, leurs relations amicales, amoureuses, familiales.

On touche déjà à quelque chose de forcément politique, en faisant exister des personnages quasiment jamais représentés autrement sinon à travers des images plaquées souvent racistes et classistes. Ici, on les voit vraiment, ils existent, et ils sont dignes. Se rajoute à ça, avec une grande subtilité qui témoigne de la qualité d’écriture dont fait preuve Fatima Daas avec ce roman, toute une articulation des systèmes en place qui reproduisent encore, cinquante ans après la parution de La reproduction de Bourdieu, la violence symbolique des dominants et des institutions par le biais de l’éducation publique. Ce(ux) qui empêche(ent), ce(ux) qui entrave(nt) : à travers quelques situations et lignes de dialogue finement écrites, tout apparaît devant nos yeux, clairement.

Au fil des chapitres, les logiques méritocrates qui vantent les vertus de la discrimination positive en prennent pour leur grade : parce que tout n’est pas si simple, bien sûr, et rien de mieux que des personnages ancrés dans le réel et des situations concrètes pour le montrer. Fatima Daas a l’intelligence de ne pas faire de son roman un programme politique, un manifeste « engagé » ; c’est un roman, ça fait exister, ça montre, ça articule aussi les mécaniques du désir et toute l’ambiguïté qui réside dans cette période si particulière qu’est l’adolescence.

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Je finis le livre de Fatima Daas en étant vraiment de plus en plus convaincu de la vacuité de cette idée de grève de la lecture. Ce sentiment se renforce quand j’ouvre Allô la Place, le premier roman de Nassera Tamer, peut-être l’un des meilleurs de la rentrée. Là encore, je suis contraint de commencer en citant la phrase d’ouverture : « Le téléphone, c’est les fantômes. » (Jacques Derrida)

La narratrice essaie d’appeler ses parents. Elle n’y arrive pas. Les liens se défont — ont-ils déjà été là ? Elle commence à apprendre sa langue maternelle, l’arabe marocain, avec une correspondante rencontrée sur un réseau social linguistique (elle s’appelle Mer, forcément, diminutif de Meryem), et en suivant des cours à l’Institut du Monde Arabe. Mais surtout, elle dresse une cartographie à la fois concrète — presque plastique — et sensible des taxiphones qui ponctuent les quartiers populaires de Paris, qui sont autant de portes ouvertes pour permettre aux personnes exilées de garder un lien avec là d’où elles viennent. La narratrice entretient une relation quasi nostalgique avec ces commerces pour la plupart en perdition, menacés de fermeture au gré des politiques de gentrification qui peuvent toucher certains quartiers — ce qui ne l’empêche pas, quelques pages plus loin, d’expliciter clairement les grands travers du marché de la téléphonie mobile ethnique, un des empires du capitalisme mondial le plus nauséabond.

Alors, on alterne, les coups de téléphone avec Mer, les tentatives empêchées d’appeler ses parents, son rapport aux langues, les sensibles en jeu face aux situations du quotidien, au racisme qu’on dit ordinaire, à l’exil, à l’identité fracturée. « Si j’en avais une, mon identité serait frontalière. » Si j’en avais une… Rien n’est affirmé de façon autoritaire dans l’écriture de Nassera Tamer, qui va à tâtons, qui vise toujours la justesse : celle de l’émotion. C’est beau, c’est très beau ; j’ai même envie de dire que c’est tout ce que devrait être le roman aujourd’hui, un déplacement du regard porté sur les choses, la sensation d’entrer dans la vie de quelqu’un telle qu’elle est vécue, de déjouer les évidences, de dire la perdition face aux choses du monde… Avec une écriture de l’implicite toujours à la bonne distance, Nassera Tamer dit combien le téléphone permet de se relier à ce qui n’est pas là, de rendre l’absent présent ; ce que permet exactement l’espace littéraire, d’ailleurs.

« Allô la Place », c’est le taxiphone en bas de chez elle. « Allô la Place », c’est aussi la question posée à travers chaque phrase du roman. Elle cherche sa place, où être, comment se positionner. Elle se demande, toujours : de qui, de quoi, suis-je l’héritière ? À partir d’où je parle, j’écris ? De qui suis-je la fille ? — et là, il faudrait alors l’entendre à voix haute, le nom-même de l’autrice : Nassera Tamer.

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Je poursuis avec un autre excellent premier roman, Maisons d’enfance d’auror.404, publié par les éditions Burn-Août. Dès les premières pages, le texte témoigne d’une grande hétérogénéité dans l’écriture, capable de la plus belle poésie en prose comme d’instants narratifs et dialogués très maîtrisés, au gré des chapitres. Le mot est dans le titre : « maison ». Plus qu’un chez-soi, le narrateur cherche la bonne manière d’habiter les choses, d’habiter le monde. On comprend très vite combien la famille a été l’endroit de la violence. Alors : vivre, mais comment ? Avec qui ? De qui s’entourer ?

Alors que le père décline, une rencontre amoureuse vient changer la donne. L’attention se porte sur ce garçon, un anthropologue, intellectuel reconnu d’origine bourgeoise, spécialisé dans les violences vécues par les enfants. Et c’est sans doute là que tient la grande force de ce roman, dans l’analyse extrêmement fine des rapports sociaux qui se tissent entre eux ; et avec le cercle amical de ce garçon, de surcroît. La narration brillante de la relation avec l’anthropologue dit combien, pour la bourgeoisie, l’interaction (amicale ou amoureuse) est toujours basée sur la redevabilité et le profit symbolique. L’acmé arrive au moment où il va aider le narrateur à se rendre dans la maison de son père pour la vider, sa maison d’enfance dans le bassin minier. C’est dit : « Les enjeux entre nous sont si différents. Toi, tu optimises. Maintenant que tu es référent égalité des chances à l’université, tu veux comprendre. Et moi, je déprime. Je vois l’enquête ethnographique et non le geste amical dans ta volonté de m’accompagner. »

S’ajoute une autre question cruciale : comment on aime quelqu’un quand on soi-même tellement abimé ? Là encore, l’écriture d’auror.404 y répond avec une très grande acuité, avec une justesse impressionnante. Chaque choix de mot, chaque phrase, la manière dont elles sont construites, pose la question, tourne autour, ouvre des voies. Qu’est-ce que ça demande, d’aimer ? On ne dit pas, on cache les violences de l’enfance, pour préserver l’autre ? Ou on dit tout, on prend le risque ?

L’écriture, même si elle semble marquée par le sceau de l’urgence — l’urgence de dire —, prend son temps, se construit au fil du texte et de ses respirations. Le texte dit la vie comme elle est, tout simplement. Et en refermant le livre, ému, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle avec la conception de la littérature pour Christine Angot, telle qu’elle tentait de la définir dans une interview télévisée : « Quand je relis ma phrase, je sais que ma phrase est juste à partir du moment où je ne vois plus ma phrase, je ne vois plus les mots, mais je vois la chose que je voulais décrire exactement. J’écris la langue telle qu’elle se pense. »

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C’est le premier livre que j’ai reçu par La Poste, au début de l’été. Tu cherches quoi ? d’Adrien Le Bot, chez Allia. Je le trimbale partout, pendant des semaines, mais je ne me décide pas à l’ouvrir vraiment. Un de mes amoureux le lit avant moi, un après-midi de juillet à la plage. Il dit que ça pourrait être l’annexe d’une thèse de sciences sociales — ce qui se vérifie effectivement quelques semaines plus tard, quand il m’envoie la soutenance à venir de l’auteur (sa thèse est intitulée « Les lieux de drague, pratiques et imaginaires de territoires refoulés »). Il dit aussi que c’est une littérature de verbatim, que l’auteur semble avoir retranscrit des entretiens menés sur différents lieux de cruising gay avec différents mecs, chacun ayant droit à son propre chapitre de quelques paragraphes.

Ce qui pose tout de suite la question du statut de ce texte — et des choix faits par l’auteur en ce sens. Il aurait pu laisser telle quelle la langue de chaque personne avec laquelle il s’est entretenu, garder trace de l’oralité, des expressions particulières, des manières de parler ; or la langue est lissée, si bien qu’on croirait entendre une seule personne s’exprimer, tout au long du texte. Bien sûr, au fil du livre, on voit très bien que chaque expérience est singulière, que chaque personne a son propre rapport au lieu, au désir, à la sexualité, à la drague — c’est la manière de les dire qui uniformise.

Il s’agit là simplement de l’approche de l’auteur vis-à-vis des sciences sociales et de ses méthodes, quelque chose qui n’entrave pas véritablement tout ce que le texte apporte. Adrien Le Bot a l’intelligence de ne pas vouloir porter un discours sur le cruising gay, sur le désir ou sur la drague — et tant mieux, cette année a été déjà assez fatigante à ce sujet. Toutes ces personnes qu’on entend (qu’on lit) dressent un paysage de la pratique : pas plus, pas moins. L’auteur tente simplement d’entendre ce qu’on a à lui dire, sans être acteur de la chose observée ; à rebours du concept d’observateur participant souvent prôné par l’anthropologie moderne.

(Au milieu de ma lecture je pense à Éric Chauvier, et particulièrement à son texte Les nouvelles métropoles du désir, également publié chez Allia — et c’est sans grande surprise que j’apprends qu’il dirige la thèse d’Adrien Le Bot. La boucle est bouclée.)

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Je ferme Tu cherches quoi ?, en me disant : ça y est, j’ai lu les livres que je voulais chroniquer pour la rentrée. Je vais finir d’écrire ça, et je vais lire le dernier Laurent Mauvignier, par exemple ; enfin, je vais lire des livres juste pour moi, par pour écrire sur — d’autres le font bien mieux que moi. Agathe m’écrit, me dit que c’est sans doute la meilleure rentrée littéraire depuis des années. Je suis d’accord. Et j’exprime aussi une certaine lassitude à voir des livres encensés alors qu’ils sont foncièrement mauvais, juste parce que leurs auteurs sont quelqu’un — en fait, à voir l’ascendant du récit sur la littérature, et le culte de l’individualité. Elle est d’accord. Elle dit : les gens ne veulent pas des livres, ils veulent les personnes qui les écrivent. Je pense tout de suite au livre qu’elle m’avait prêté il y a quelque temps, Le fétiche et la plume d’Hélène Ling et Inès Sol Salas, qui disaient combien la production littéraire contemporaine était aliénée par le capitalisme tardif et l’économie de l’attention. Je pense : heureusement, pas encore totalement.

Tu cherches quoi ?… Qu’est-ce que je cherche, en littérature ? J’en sais rien. Je sais seulement ce que je ne cherche pas. Alors je continue à chercher, quand même, je me laisse surprendre et dériver, voilà, c’est tout.

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Merci à Fran Lebowitz dont le texte Les écrivains en grève : une prophétie terrifiante a inspiré le début de cette chronique. Que vive la grève, toujours.

Rebeka Warrior, Toutes les vies, Stock, août 2025, 288 p., 20 € 90
Fatima Daas, Jouer le jeu, éditions de l’Olivier, août 2025, 192 p., 20 €
Nassera Tamer, Allô la Place, Verdier, août 2025, 192 p., 18 € 50
auror.404, Maison d’enfance, Burn-Août, septembre 2025, 220 p., 15 €
Adrien Le Bot, Tu cherches quoi ?, Allia, août 2025, 128 p., 10 €