Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
l’Algérienne est
une amoureuse
il y a des femmes
comme ça
pour qui faire l’amour
= être en vie
elle ne dit rien
de l’avis mortuaire
ne tissera pas
aujourd’hui
elle retient Théo
lui masse le corps
longuement
des épaules aux orteils
et malgré la chaleur
le garde dans son lit
ils y campent
tout un jour
avec nourriture
et boissons
hors du monde
se dit-elle
croit-elle
l’Algérienne est bonne nageuse
robuste
endurante
nager était dans l’enfance
sa seule liberté
musique non
peinture non
cinéma non
(pas pour les filles)
elle aime nager la nuit
pleine lune aujourd’hui
le ciel est piqué d’étoiles
la surface de l’eau
métallique
les yeux au ciel
elle se laisse porter
finit par dire
ma mère est morte
l’amant entend
se tait
plus tard
échoués sur le sable
dans la nuit tiède
Théo : je voudrais
que tu viennes
au village
tu as trop de famille
Théodore
toi et moi
loin d’eux
je préfère
B
elle s’agace
du singe sur l’épaule
dépose les paniers
qu’elle porte
(un sur chaque hanche)
elle le chasse
si seulement
elle pouvait
comme les africaines
empiler les paniers
sur sa tête
elle a essayé
avec une bouteille
la bouteille est tombée
éclats de verre
partout
le singe vexé
part en courant
et rejoint la maison
Potcol
assis sur la rambarde
en bois bleu
de la terrasse
le cul tourné vers la maison
feignant d’ignorer
sa présence
regarde au loin
lève sa queue filiforme
défèque sur la terrasse
et s’enfuit
la blonde lui hurle après
puis soliloque
récriminant
le chien s’agite
inquiet
la blonde caresse
le chien
je ne dis pas ça
pour toi le chien
mais les animaux
c’est comme les humains
il y en a de fréquentables
d’autres non
elle se sert un whisky
après avoir nettoyé
la merde de Potcol
et s’assoit face à la mer
la ligne d’horizon
passe du rouge
au violet
respiration océanique
l’apaise
accorder son souffle
au battement régulier des vagues
qui claquent
sur le rivage
en chuintant
distrait la pensée