« Il faut beaucoup de courage pour embrasser ses erreurs. »
Donella Meadows, biophysicienne et systémicienne
À cause de la destruction des espaces de vie, de la (sur)pêche et des pesticides, 73% des vertébrés sauvages ont été exterminés en 54 ans et 67% des arthropodes (dont les insectes) en 10 ans. Quant au climat, le seuil des 1,5°C a été franchi en 2024 – augurant un emballement brutal et irréversible. Cette limite planétaire est en conséquence largement dépassée, à l’instar de 5 autres (parmi les 9 qui ont été identifiées) : artificialisation des sols, pollution, perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore, effondrement de la « biodiversité » et altération du cycle de l’eau douce.
Il est temps d’agir à la (dé)mesure des enjeux. Mais que faire ? C’est à cette épineuse question que cet article va brièvement tenter de répondre, en analysant d’abord la problématique socio-écologique à travers le prisme de la systémique, puis en établissant une taxonomie de quatre types de stratégies (dont les frontières s’avèrent arbitraires et poreuses) : individuelle, institutionnelle, défensive et offensive. Nous réaliserons par là même que si toutes les tactiques « biophiles » valent, toutes ne se valent pas. En effet, certaines sont infiniment plus prometteuses que d’autres, que nous le voulions ou non.
Mais commençons par le commencement : quel est le problème à l’origine de la catastrophe socio- écologique ? Pour certain.es, il s’agit d’un système, comme le capitalisme (sauf que le communisme ne faisait pas beaucoup mieux…). Pour d’autres, il s’agit d’une doctrine, comme le « croissancisme » (sauf que de nombreuses civilisations ont, tout comme les Mayas, dévasté leur écosystème… sans se définir comme des adorateurs du PIB). Pour d’autres encore, il s’agit de l’agriculture, qui a vu le jour il y a une dizaine de milliers d’années (sauf qu’Homo Sapiens a anéanti les mégafaunes partout où il s’est rendu depuis 70.000 ans). Pour d’autres, enfin, il s’agit de la religion, en particulier chrétienne, Dieu déclarant dans la Genèse : « Reproduisez-vous, remplissez la terre, et soumettez-la ! Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se déplace sur la Terre. » En fait, pléthore de raisons sont sans doute enchevêtrées. La tentation d’attribuer une cause unique à un problème complexe est immense, c’est ce que Baptiste Morizot appelle le « monothéisme du mal ».
Mais il est évident que du point de vue étiologique, la « métacrise » actuelle est multifactorielle. La mauvaise nouvelle, c’est que nous ne faisons pas face à̀ un problème soluble, mais à une myriade de problématiques, dont certaines sont insolubles. Cela posé, la bonne nouvelle, c’est que de nombreux peuples ont habité́ et habitent encore sur cette planète sans le rapport de prédation qui caractérise la civilisation occidentale (au sens large). Aussi David Graeber et David Wengrow rappellent-ils :
« La civilisation [égalitaire] minoenne ou la culture Hopewell [ne sont pas] des accidents de parcours sur une route qui menait inexorablement aux États et aux empires, mais des possibilités alternatives, des bifurcations que nous n’aurions pas suivies. […] Ces choses ont réellement existé, même si nous avons l’indécrottable habitude de les reléguer à la marge plutôt qu’au cœur de la réflexion. Des gens ont bel et bien vécu ainsi pendant des siècles, parfois des millénaires. Et les possibilités qui s’ouvrent à l’action humaine aujourd’hui même sont bien plus vastes que nous ne le pensons souvent. »
Rien n’est donc plus facile (en théorie) que de bâtir des sociétés viables, durables et souhaitables : il suffit de s’asseoir sur notre arrogance, sur notre propension à donner des leçons, et de s’inspirer de sociétés passées et présentes dont les modes de vie sont en (relative) harmonie avec le vivant. Alors, pourquoi ne le faisons-nous pas ? D’abord, certain·es le font et ont le courage de s’émanciper de nos chaînes civilisationnelles pour régénérer des territoires, promouvoir l’habitat léger, la permaculture, etc., en incarnant ces idéaux. Il faut louer et soutenir toutes ces personnes. Elles ont coupé le cordon d’avec la société mortifère et ainsi entrepris la première étape du déboulonnage de la mégamachine. Mais la proportion (croissante) d’individus rejoignant les rangs écocidaires, par leur activité salariée d’une part, et par leur régime de consommation d’autre part, rend de fait ces bifurcations marginales et dérisoires. Nous sommes bien trop arrimé·es à l’ogre et dépendant·es de lui pour notre survie.
La seconde étape est donc fondamentale, incontournable. Elle consiste en premier lieu à assimiler que sur le plan systémique, la civilisation thermo-industrielle constitue « un flux thermodynamique linéaire non circularisable, transformant la nature en déchet » et le vivant en mort. Par conséquent, si nous devons étiologiquement nous soustraire de toute urgence à la mégamachine et construire des modes de vie alternatifs, robustes, inspirants, il nous faut symptomatiquement arrêter cette dernière. Sociologue, Jean Ziegler explique : « On ne peut pas humaniser, améliorer, réformer un [système tel que le capitalisme financier globalisé]. Il faut l’abattre. Aucun des systèmes d’oppression précédents (l’esclavage, le colonialisme, la féodalité…) n’a pu être réformé. L’oppression ne se réforme pas. » Aurélien Barrau confirme : « […] Il va falloir être sérieux, c’est-à-dire révolutionnaire. [Or,] jamais un système n’a subi de révolution organisationnelle sans qu’il soit empêché de fonctionner. » Notre dessein (notre obsession) doit en définitive se résumer à déterminer comment mettre en œuvre cette révolution. Scrutons désormais un quatuor de stratégies permettant, ou non, d’atteindre cet objectif.
Écologie individuelle (et/ou néolibérale)
« La société n’existe pas. Il n’y a que des individus. »
Margaret Thatcher, ancienne première ministre du Royaume-Uni
La première stratégie que je propose d’analyser est l’écologie individuelle, qui revient à essayer de « changer le monde en se changeant soi-même » – pour paraphraser Gandhi. Dans sa version la plus débridée, elle implique de viser « le Graal du zéro déchet », de devenir végane, de se réorienter vers un métier dit « de transition », etc. Il faut ainsi faire sa part, en espérant que les autres en fassent autant, selon la parabole du colibri contée par Pierre Rabhi : « Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Impuissants, tous les animaux terrifiés observaient le désastre. Seul le petit colibri s’activait et allait chercher quelques gouttes avec son bec en vue de les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : ‘Tu n’es pas fou ?! Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ?’ ‘Je sais, répondit le colibri, mais je fais ma part.’ »
C’est très bien. Et il faut le faire. Mais sans croire au Père Noël. Une enquête de Carbone 4 montre que « même avec un comportement individuel héroïque, un Français ne peut réduire son empreinte carbone de plus de 2,8 tonnes par an, soit 25% de l’empreinte annuelle. » Dynamicien des systèmes, Arthur Keller relève par ailleurs que, contrairement à une idée reçue tenace, sur le plan politique, la prétendue « prise de conscience » écologiste a, en réalité, subi une « grande régression » depuis les années 1970, lorsque la majorité des dirigeants du monde connaissaient le rapport Meadows. Et au niveau de la population générale ? Même combat, au regard des historiens, car les luttes écologistes étaient nettement plus vives au XIXe siècle. Et ce n’est pas l’augmentation du climatoscepticisme – en particulier chez les jeunes (36% des 18-24 ans) – qui prouvera le contraire… Comment expliquer ces phénomènes, alors que la menace et la destruction du vivant n’ont jamais été aussi colossales ?
Peut-être, en partie, par la néolibéralisation du monde (dont Margaret Thatcher était une ardente promotrice) et par l’individualisation outrancière qui en découle. Aristide Athanassiadis signale à ce sujet : « C’est BP qui a créé les calculateurs d’empreinte carbone… pour que les usagers se disent ‘Je dois faire des efforts.’ »20 Manger bio, boycotter les produits nocifs, cultiver son potager, très bien… à condition de ne pas occulter la dimension systémique de la catastrophe, car pendant que nous nous limitons aux écogestes, le saccage méticuleux de l’habitabilité de la planète croît exponentiellement. En bref, non seulement nous n’allons pas dans la bonne direction… mais nous accélérons de surcroît dans la mauvaise. Une profonde remise en question individuelle et collective (politique) s’impose.
Écologie institutionnelle (et/ou citoyenniste)
« Je pensais qu’on prenait des décisions à l’Assemblée nationale, ce qui n’est pas le cas. […] On ne peut rien faire à l’Assemblée. […] Ce sont les multinationales et la finance qui dirigent les pays, pas les élu·es. Donc pourquoi aller voter ? On devrait tou·tes se poser la question. »
Isabelle Attard, ancienne députée
À l’image du boycott, situé à la frontière entre écologie individuelle et écologie institutionnelle, le vote est un acte citoyen constituant « un devoir » aux yeux de certain·es. Et il est vrai que le droit de vote a parfois (voire souvent) été acquis de haute lutte, tant et si bien que nous avons aujourd’hui du mal à dénigrer ce moyen d’expression. Il faut néanmoins se rendre à l’évidence : l’élection est ce qui légitime l’ordre établi, ce qui permet aux puissants de conserver le pouvoir tout en donnant l’illusion à la population de décider. De fait, pour la militante anarcho-féministe Emma Goldman, « si le vote pouvait changer quelque chose, il serait rendu illégal. » L’historien Pierre Souyri développait :
« [Il est clair qu’en] organisant une participation illusoire des diverses catégories sociales à l’exercice de la souveraineté politique, le système sert à masquer le fait que le pouvoir effectif est pour toutes les questions essentielles aux mains des appareils bureaucratiques du capitalisme. Les déplacements de majorité pouvant éventuellement se produire n’affectent que très superficiellement la continuité de la politique de ces appareils et ne remettent jamais en question des problèmes fondamentaux. […] En travestissant en démocratie la dictature des bureaucraties capitalistes, les institutions parlementaires [rendent parfaitement] inoffensives les aspirations au changement. Le régime représentatif […] sert à créer une adhésion mystifée à l’ordre existant. »
De facto, même s’il ne restait qu’une voix à donner et que celle-ci pouvait déterminer l’issue d’une élection, je n’irais pas voter. Car le souci n’est pas le résultat de l’élection, c’est l’élection en tant que telle, ce procédé étant ontologiquement anti-démocratique. Symétriquement, l’investissement dans la vie politique est, par nature, inefficace, la mégamachine broyant les velléités de nos dirigeant·es : « Les gouvernements ne gouvernent pas. Ils sont gouvernés », synthétise Glenn Albrecht.
Mais alors, que faire ? Signer une pétition ? Intégrer une association protégeant l’environnement ? Peine perdue ! L’écologie citoyenniste consiste à employer les moyens mis à notre disposition par la civilisation thermo-industrielle, dans l’optique de lutter contre… les fléaux de la civilisation thermo- industrielle. Il s’agit par là même de faire appel à la justice, d’organiser des manifestations pacifistes, d’échanger avec les citoyens et les élu·es, etc. Il est ainsi possible d’obtenir des succès (personne ne le nie !) mais en aucun cas une victoire sur la civilisation thermo-industrielle. « Les outils du maître ne détruiront jamais la maison du maître » nous prévenait l’essayiste féministe et antiraciste Audre Lorde. D’autres moyens d’action, situés hors du cadre légal (par définition étriqué), existent.
Écologie défensive (et/ou réformiste)
« 29,4 millions d’hectares de forêt ont disparu en 2017 [dans le monde]. C’est donc une surface de forêt équivalente à un terrain de football qui a disparu chaque seconde. Additionné sur une année, cela correspond quasiment à la superficie de l’Italie. » « Pour la France, on estime une perte de 26 m2 de sol toutes les secondes, soit environ 60.000 ha/an, ou la perte de la superficie du sol d’un département tous les 7 ans. »
L’écologie défensive consiste à entrer en résistance contre une entité (association, usine, mairie…) ayant pour visée de transformer une zone vivante en zone morte. Ainsi, le succès de cette démarche se matérialise non par une victoire, mais (au mieux !) par une défaite un peu moins importante pour le vivant. En effet, en parallèle, la mégamachine poursuit son travail de rouleau-compresseur. En ce sens, la réussite de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (qui a entravé l’installation d’un aéroport) et celle de la lutte contre l’autoroute A69 (dont le chantier a tout récemment été mis à l’arrêt suite à une décision de justice) masquent médiatiquement l’ampleur de la débâcle écologique. Pendant que nous nous focalisons sur ces pseudo-succès (et que nous nous en réjouissons), le vivant perd énormément de terrain (et de temps). « Stop Fossil Fuels », auteur·ice sur Vert Resistance, corrobore cette thèse :
« Une fois que l’on comprend que notre seul objectif en tant qu’écologiste est d’arrêter la civilisation, de faciliter son effondrement avant celui de nos écosystèmes, notre réflexion doit porter sur les méthodes les plus efficaces pour atteindre cet objectif. [Très souvent], cela se traduit par une réaction défensive aux attaques du système industriel : nous nous opposons à un projet destructeur à la fois. Cette stratégie échoue. Nos victoires occasionnelles n’affaiblissent pas réellement les institutions qui développent l’industrialisme. […] Pour les remporter, nous mobilisons la quasi-totalité de nos forces, si bien que des dizaines de projets similaires se construisent parallèlement et ne rencontrent peu ou pas d’opposition. […] La catastrophe est imminente. Même si nous avions les ressources pour mener une guerre d’usure, ce qui n’est pas le cas, nous n’avons certainement pas le temps. La guerre d’usure est une stratégie absurde dans notre position. Nous n’avons ni les ressources pour faire face à notre adversaire ni le temps pour l’essouffler sur la durée. Notre situation est la définition même de la lutte asymétrique : deux parties opposées aux moyens fortement inégaux. En tant qu’individus comme en tant que mouvement, nous devons voir au-delà d’une guerre d’usure fragmentée. »
En outre, la somme (voire la multiplication) des luttes locales (dont il faut féliciter les tenants, en dépit du syndrome NIMBY) ne fera jamais une stratégie globale… Mettre en défaut les émanations et les avatars de la civilisation thermo-industrielle n’équivaut guère à paralyser cette mégamachine.
Écologie offensive (et/ou révolutionnaire)
« Le grand art est de faire en sorte que l’ennemi ignore toujours le lieu où il aura à combattre. »
Sun Tzu, stratège militaire et général d’armée
Stratégies et tactiques doivent découler de notre objectif… et non l’inverse. En guise d’exemple, si notre ennemi est la civilisation thermo-industrielle, notre objectif doit être de la mettre hors d’état de nuire. Par suite, la stratégie consiste à frapper ses infrastructures nodales (c’est-à-dire énergétiques). La tactique est alors très claire : saboter pipelines et lignes électriques. C’est une écologie offensive, dans la mesure où celle-ci vise à reprendre du terrain à la mégamachine, et non à éviter d’en perdre. Neutraliser cette dernière stopperait la déforestation et l’artificialisation des sols, tout en mettant fin à l’épandage des pesticides, à l’I.A., aux élevages concentrationnaires, aux abattoirs, à la (sur)pêche, aux complexes militaro-industriels, aux pollutions en tout genre, etc. Quant à l’idée selon laquelle il faudrait un plan B pour que nous puissions survivre à cette mue abrupte, elle est anthropocentrée et occidentocentrée, car tous les autres vivants (y compris les humains non occidentaux) se porteraient infiniment mieux. Étant moi-même dépendant de l’industrie pharmaceutique et de l’agriculture pour ma survie, je n’ai aucun intérêt personnel à l’écroulement de la mégamachine, mais celui-ci est vital pour tous les êtres vivants que nous n’avons pas encore éradiqués. Il faut donc faire un choix (ce qui n’interdit en rien, du reste, de façonner et d’habiter des lieux de vie résilients à l’échelle territoriale).
« Stop Fossil Fuels » embraye : « Concrètement, nous n’avons pas besoin de démanteler toutes les usines, de détruire tous les bulldozers, de démolir toutes les routes… Nous devons juste paralyser ce qui leur permet de fonctionner : leur infrastructure. » Son collègue « Samuel » complète, en mettant l’accent sur la légitimité et la criticité d’une telle stratégie (dont les zones de combat sont par ailleurs particulièrement imprévisibles pour l’ennemi, ce qui n’aurait indubitablement pas déplu à Sun Tzu) :
« L’action directe ciblée permet de changer le contexte sans nécessiter la prise de pouvoir. Si nous arrivons à mettre à terre l’industrie pétrochimique via des actions ciblées, nous n’avons ni besoin de convaincre la population, ni d’appeler de nos souhaits un État fort mais bienveillant. La prise de pouvoir n’est pas nécessaire pour interdire l’utilisation de pétrole s’il n’y a simplement aucun pétrole à disposition. La promotion d’un ‘manger bio et local’ n’est plus utile s’il est trop couteux ou impossible de maintenir sur pied une industrie pétrochimique. […] L’autoritarisme des actes que nous défendons n’est pas supérieur à celui de l’ouverture d’un puits de pétrole ou de la mise à flot d’un chalutier : ils changent un état de fait, ils n’imposent pas ni ne contrôlent, ne nécessitent aucune prise de pouvoir dans la durée. Ils ne sont pas plus violents ni dictatoriaux. Il reste la question de savoir si des actes de sabotage pourraient effectivement mener à un changement d’une même ampleur que ceux que l’avènement du pétrole a entrainé. La proposition semble ambitieuse, mais elle n’est pas dénuée de fondements : des actes de sabotage peuvent entrainer des effets domino et de propagation. »
En conclusion…
« La folie, c’est de continuer à faire la même chose… tout en s’attendant à des résultats différents. »
Citation attribuée à Albert Einstein, physicien
J’ai très longtemps cru aux écologies individuelles, puis institutionnelles, puis défensives. Mea culpa. Bien sûr, le sabotage d’infrastructures énergétiques est violent… mais infiniment moins que rendre la Terre inviable. Condamnée pour une série d’attaques sur le Dakota Access Pipeline (DAPL), Jessica Reznicek atteste : « Aucune vie n’était en danger quand j’agissais. Et en réalité, le but était de sauver des vies. » Les militantes écoféministes de Deep Green Resistance, « Amal » et « Fran » abondent :
« Si on attend que la civilisation s’effondre d’elle-même, elle emportera avec elle tout ce qu’il y a de vie sur cette planète. […] La violence, quand on se défend, c’est justifié. C’est juste de l’auto-défense. […] Ça signifie qu’il faut établir un pare-feu entre, d’un côté, ce qu’on appelle l’above-ground, c’est-à dire-les militant·es à visage découvert, qui vont pratiquer de la désobéissance civile, développer des bases pour s’organiser, diffuser une culture de la résistance – mais qui, du coup, seront facilement identifiables et surveillables par l’État – et de l’autre, ce qu’on appelle l’under-ground, c’est-à-dire des militant·es qui organiseront des actes de sabotage coordonnés, de démantèlement des infrastructures en toute clandestinité et sans lien avec l’above-ground pour ne pas faciliter le travail de répression de l’État. C’est la condition sine qua non pour assurer une longévité et un succès à notre mouvement de résistance, [qui vise] l’affaiblissement, voire la destruction du système industriel, avec des stratégies d’échecs en cascade sur tous les nœuds énergétiques qui peuvent entraîner un black-out. »
Par conséquent, il s’agit étiologiquement de bâtir des projets de vie alternatifs, viables, durables et désirables, tout en entravant symptomatiquement la funeste marche en avant du système écocidaire, comme nous y invite le « philosophe-jardinier » Aurélien Berlan dans son ouvrage Terre et Liberté : « […] La recherche d’autonomie à petite échelle n’a guère de sens politique si elle n’est pas associée à des tentatives pour s’organiser à plus grande échelle afin de freiner ou de subvertir la dynamique du capitalisme – ne serait-ce que parce que cette dernière rend illusoire la constitution de ‘niches’ (si ce n’est fiscales). […] Autrement dit, la sécession qui consiste à cesser de nourrir la méga-machine ne suffit pas : il faut aussi la saboter. » Certes, d’après Arthur Keller, cette stratégie peut engendrer des « catastrophes sociales monstrueuses. Mais c’est soit ça, soit l’habitabilité de la planète Terre. »
Je respecte infiniment les personnes engagées, quelle que soit la voie suivie. J’éprouve en sus une admiration sans bornes pour tous.tes celles et ceux qui mettent leur santé, leurs relations (familiales, amicales, amoureuses…) ou leur vie en péril. Mais jusqu’ici, la plupart des tactiques que nous avons déployées sont (par essence) inefficaces. L’écologie offensive ne nous assure pas la victoire, loin de là… Mais c’est la seule stratégie offrant un espoir aux vivant·es que nous n’avons pas encore tué·es.
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