Elsa Boublil, Théâtre de la Concorde : « Construire une énergie collective est préférable aux discours mortifères »

Théâtre de la Concorde © Guillaume Bontemps/Théâtre de la Concorde

Directrice du Théâtre de la Concorde, Elsa Boublil est musicienne de formation, ayant travaillé à la radio pendant qu’elle achevait un DEA sur le jazz et les mouvements sociaux aux États-Unis dans les années 50-60.

Elle a travaillé un temps à France Culture et France inter au côté de Michel Polac et Laure Adler avant de prendre la tête d’une quotidienne, d’abord estivale puis pérennisée, consacrée à la musique.  En 2019, elle se lance en politique avec la campagne d’Anne Hildalgo avant de rejoindre son cabinet en tant que conseillère à la culture en charge du patrimoine et des commerces culturels. À ce titre, elle a été chargée d’élaborer un projet pour le nouveau Théâtre de la Concorde, à l’occasion de la réouverture du Théâtre de la Ville qui occupait alors l’espace Cardin. (ancien Théâtre de la Concorde). Elle en assure aujourd’hui la direction.

Entretien avec Elsa Boublil.

Elsa Boublil, vous êtes la directrice de ce nouveau lieu inauguré en octobre dernier. Le Théâtre de la Concorde se présente comme un « autre théâtre ». Effectivement, nous sommes ici dans un théâtre dont la programmation n’est pas uniquement théâtrale, loin de là. Qu’entendez-vous par cette expression ?

J’ai beaucoup dit cela à force de m’entendre répéter : « un théâtre supplémentaire à Paris ? Mais il y en a tellement ! » Je réfute cette idée, d’autant plus que nous ne fonctionnons pas, nous n’allons pas fonctionner comme les autres théâtres. On a bâti le projet sur la question de la démocratie au centre, et de l’art comme expression d’un combat politique. Ça a toujours été ma vision des choses.

Plus jeune, j’ai été frappée par le travail d’un musicien brésilien qui avait décidé de faire une œuvre à partir des bruits et sons d’usine. Je crois que je pourrais résumer ma vie à quelques œuvres fondatrices où précisément l’artiste fait entendre sa perception du monde d’une manière nette.

Ici, dans cet autre théâtre, j’ai envie que les artistes puissent nous permettre de réfléchir à travers leur perception et analyse. Voilà ce qu’il m’importe de faire revenir au centre de ce théâtre. Que les artistes réfléchissent avec nous par leurs œuvres, parallèlement à des conférences et des scènes ouvertes, où on mélange le travail artistique et le travail de recherche, où le chercheur rencontre le citoyen. Fin novembre, il y a eu cette scène ouverte avec Hugo Micheron, autour de la démocratie et de l’intelligence artificielle, dans le cadre des élections américaines. En parallèle, je lui ai proposé de faire intervenir le slameur Marc Alexandre Oho Bambe, dit « Capitaine Alexandre », qui travaillait sur des poètes américains, pour nous faire entendre des textes contemporains en résonance. Moi, quand j’ai proposé que le slameur intervienne, j’ai apporté une touche, pour ouvrir la proposition d’Hugo à partir des attendus du théâtre. L’idée, c’est donc aussi une collaboration à partir de ce qui est proposé et inversement.

Après tout, la démocratie nait avec le théâtre, à quoi vous ajoutez la nécessité politique d’une pluralité et d’une accessibilité des publics.

Absolument. La démocratie nait avec le théâtre et réciproquement, ça me fascine. J’insiste aussi pour cela sur cette idée d’un « autre théâtre » et j’en reviens aussi à l’essence shakespearienne du théâtre, c’est-à-dire qu’il y a quelque chose qui fait que ça s’est éloigné, or à chaque fois que le théâtre a connu ses heures de gloires, c’était dans ces moments où il était complètement en synergie, en adéquation, avec les questions sociétales.

Ce corollaire entre le théâtre et la démocratie passe également par un engagement fort en matière d’éducation populaire, en lien notamment avec un tissu associatif très actif, ainsi qu’une pluralité d’ateliers.

On est sensibles à la plasticité des formes et à la participation des publics, donc on a pensé des ateliers. Ils ne seraient pas juste des activités pour combler une dimension EAC (Éducation artistique et culturelle) du projet mais plutôt comme des pratiques qui donnent les clés et les moyens aux citoyens qui viennent pour s’emparer de leur citoyenneté et de rêver au monde de demain.

Cette question de la transmission et du partage est au cœur de votre propre réflexion depuis longtemps.

J’ai toujours été obsédée par le désir de transmettre au plus grand nombre. C’était déjà le cas quand j’enseignais, mais c’est aussi pour cela que j’ai voulu faire de la radio à une époque. J’ai d’abord travaillé à France Culture, puis à Inter, et enfin à Musique, qui était mon désir premier. Je viens de la musique, et sa manière de nous transmettre aussi directement une émotion sensible et esthétique, c’est fort.

Absolument et ce sujet vous a ensuite occupée dans vos fonctions et recherches politiques, lorsque vous étiez au cabinet de la Maire de Paris.

Effectivement. J’ai intégré le cabinet en 2020, après avoir travaillé ces sujets pour la campagne de 2019. J’étais chargée du patrimoine et des commerces culturels. On avait déjà beaucoup travaillé ensemble, avant l’élection, pour se demander comment continuer à démocratiser la culture, comment trouver une forme de tangente face à une culture qui a du mal à sortir de l’entre soi, du moins qui n’arriverait pas à en sortir.

C’est ça qui me plaît aussi dans ce projet, qu’on réfléchit depuis si longtemps :  c’est le premier théâtre municipal de la ville de Paris et qui est en régie municipale. De fait, on est en lien direct avec toutes les directions qui travaillent sur le terrain. Lorsqu’on a lancé le projet, à partir d’un appel, on a demandé aux associations déjà subventionnées par la Ville de Paris d’y concourir. On a choisi des associations qui font un gros travail sur des terrains de quartiers prioritaires de la ville, avec des citoyens qui parfois ne quittent pas leur arrondissement, comme le 14e ou le 18e par exemple, qui sont très enclavés. On a voulu créer des liens. En décembre, par exemple, l’École de l’Opéra de la Parole, dans le 14e, est venue ici. C’est incroyable de voir cette pluralité de jeunes qui quittent une enclave parce qu’on leur dit : vous avez un théâtre. On a fait un lien avec la pièce de théâtre On n’a pas pris le temps de se dire au revoir, un travail de Rachid Bouali qui a grandi dans le Nord et qui a monté toute une réflexion sur la prise de conscience de son identité au moment où on a rasé sa cité d’enfance. Il a fait un énorme travail d’écriture avec les jeunes, dans le 14e : il a été vers eux pour qu’ils puissent venir vers lui. Ils sont tous venus en décembre, voir la pièce, le travail de restitution, tout ce projet.

Théâtre de la Concorde (DR)

Il y a donc un mouvement permanent, et démocratique, parce que le théâtre est dans ce quartier précis de Paris, le 8e arrondissement. Il engage une réflexion sur la périphérie et la centralité, la circulation des pouvoirs et impose des enjeux sociaux et culturels pour mieux travailler à leur déploiement. Comment l’offre d’ateliers travaille-t-elle ces enjeux et quelle place occupe-t-elle dans le projet ?

On attache une importance primordiale au dire et au verbe. Comment s’empare-t-on des mots et comment deviennent-ils des outils ? Que fait-on de ces outils ? Comment le vocabulaire étoffe le débat, permet de débattre et de nourrir l’échange ? Voilà une partie des enjeux.

On cherche aussi à ce que ces ateliers durent, pour prendre le contrepied de la rapidité qu’on sait. Nos ateliers sont plutôt sur l’année scolaire. L’idée est de venir au moins trois fois, si possible dix. On propose des ateliers de stand-up, à partir du récit de soi mais dans le but de mieux transcender sa personne, savoir aller vers l’autre. On trouve également des ateliers de danse, des ateliers d’écriture, et une attention particulière accordée à la poésie. Ce n’est pas un hasard si elle dure de manière si universelle comme manière de s’exprimer. Que fait-on des mots dès lors qu’on les a en en nous ? On travaille un projet de podcast également, dans un studio. C’est un outil tellement simple, dont j’ai appris le plaisir du travail, et l’idée serait que les citoyens puissent venir s’en emparer. On a également mis en place un projet pluridisciplinaire, pensé comme un atelier de soin dans le cadre d’une action-recherche avec l’institut Raphaël qui travaille sur la santé intégrative. Comment peut-on ne pas se contenter de dire que la chimiothérapie soigne un cancer ? Comment penser une systémie du soin ? Comment réussir à conjuguer l’art thérapie, la naturopathie, la chimiothérapie, etc. ? On tente, on essaie de penser le soin de l’individu à part entière au prisme de l’art, avec des patients et des citoyens.

Vous vous efforcez de ne pas faire de l’art un enjeu cosmétique. Autrement dit : il ne s’agit pas de penser une forme et d’y saupoudrer une dimension artistique. Un fin travail de composition et de conjugaison à l’œuvre.

En réalité, je dois beaucoup à la musique, à l’art en général. Ça me donne tellement d’impulsion depuis toujours. J’ai écrit un livre en 2015 au sujet des abus que j’ai vécus enfant comme élève de clarinette. Mon idée était aussi et surtout de montrer comment je m’en suis sortie paradoxalement par la musique. La musique m’avait mise là, et pourtant la musique m’a sauvée. Quand, ici, on préfère penser positivement des questions collectives : celles liées à la démocratie, comme celles liées à la question écologique. Sur ce second point par exemple, on fait le choix de jouer une partition vivante, pour mettre du mouvement, de l’impulsion. Non pas pour avoir un discours aveugle mais parce que construire une énergie collective est préférable aux discours mortifères et pessimistes, qui ne nient rien de la réalité violente des catastrophes.

Théâtre de la Concorde (DR)

L’énergie est là, fermement chevillée, et ça donne une proposition composite, vivante et féconde. Comment est pensée la constellation de ces propositions qui se complètent et se répondent ?

On a voulu s’inscrire dans un tissu qui porte le projet de la démocratie. Tout ça passe par une réflexion continue et une pratique plurielle d’un travail commun. En somme, j’ai impulsé que l’on pose comme grands sujets toutes nos préoccupations, mais on ne veut pas travailler seuls. On s’appuie sur les structures qui existent dans Paris, pour qu’elles promeuvent leur travail, et qu’on voient comment ce travail-là et le nôtre peuvent trouver des dynamiques communes. Je crois que la vraie plus-value serait là.

Si la démocratie est un tel enjeu, c’est qu’on peut postuler qu’elle est fragilisée. J’avance un truisme, certes, mais à partir de quels constats le Théâtre de la Concorde pense-t-il la concorde ?

Je crois qu’on assiste tous à la dérive et à la rapidité de cette dérive. Si c’est un combat depuis toujours, les évènements accélèrent la nécessité de se doter des armes pour renouveler le combat.

Il y a certes l’institution mais il y a vous, à la tête de cette institution. Le travail est collectif, ses impacts communs, son implication plurielle. Mais il est dirigé par vous : quelles sont pour vous toutes les implications intellectuelles et humaines de ce projet ?

Je suis devenue qui je suis précisément parce que l’art m’a donné les outils pour penser le monde. Quand j’enseignais la musique, je n’avais pas pour principal désir que mes élèves deviennent musiciens, mais qu’ils prennent du plaisir et s’emparent de leurs instruments pour se sentir être. Après, l’enjeu reste la confrontation entre ce qu’on est, ce qu’on pense, et la réalité d’un monde qui chavire, où il y a des inégalités sociales extrêmement grandes, où tout un chacun n’a plus accès à cet outil qui rétablit la justice. Dans un contexte politique et républicain tel qu’on le connait, il est essentiel de placer la question de la démocratie au cœur de ce projet parce qu’il est par essence et pour demain. On ne peut pas gloser sans s’emparer des sujets.

Il y a pulsion de vie et impulsion de commun. Mais on ne demeure pas dans le discours. Je crois aussi, sensiblement, que la question de l’émancipation par la culture est au cœur et de votre réflexion personnelle, et du projet culturel et politique défendu par l’institution, à la fois le politique et la politique.

Absolument. Peut-on dissocier le savant et le populaire dans une binarisation sans fondement ? Certains pensent qu’il faut donner aux gens un savoir, une culture, un contenu, qui serait arbitrairement assigné à leur classe sociale, entendue comme un niveau respectif de culture. Implicitement, c’est considérer qu’il y a le beau, et chez le tenant du beau, que le beau n’est appréciable que pour qui sait l’apprécier. Je pense l’exact inverse. Je pense que le beau s’impose par nature, qu’il est vibratoire. Je pense l’exemple du beau parce qu’il a une certaine évidence, je trouve. Il s’impose collectivement. Regardez Notre-Dame, qui a quand même été précisément implantée dans un des endroits les plus lumineux de Paris. Le beau est dès lors accessible à tous. La question est de savoir comment le transmettre.

Making Waves, Théâtre de la Concorde (DR)

Et il existe des manières d’apprendre à voir sans imposer un regard, c’est une approche qui doit pouvoir se défendre.

Évidemment. Je crois que c’est ce qui m’a d’emblée transportée dans la musique, une manière de communiquer qui dépasse tout, qui pose à un moment une approche sensible et empirique. On peut partir de nos perceptions propres, pas pour en faire un marqueur d’identité, mais pour ouvrir.

S’il fallait reprendre un peu notre dialogue, où l’on entend cette diversité d’approches, de sujets, de projets, d’ambitions aussi – comment rêver en se donnant des ambitions collectives ? – de quelles manières, pratiques et pragmatiques, pensez-vous la programmation et l’actualité de ces concepts qu’on brasse au sein de la programmation, dans la mesure où vous travaillez à un équilibre entre pérennisation de pratiques et d’activités, réflexion sur l’actualité, travail au long cours d’éducation populaire et de vivacité de la démocratie, etc. ?

La programmation est en lien avec l’actualité, oui, puisque c’est un lieu de démocratie et qu’on essaie de parler de la démocratie en prise avec l’actualité. Pour ça, on propose une thématique par mois, autour d’une grande question dont on voudrait travailler des lignes et des perspectives. En novembre, c’était : « La bascule en démocratie », en décembre : « Exils et diasporas », un an pile après la loi immigration. La question de l’identité a saturé l’actualité, et bien posons la autrement : Qui est-on et qui sommes-nous ? Peut-on vraiment en France raconter qu’on est bien entre nous ?

En janvier, on parlera du « coup d’éclat », un thème qui est venu de manière complètement instinctive. On est dix ans après les attentats contre Charlie Hebdo, 80 ans après la libération des camps. Le coup d’éclat, ce serait cette façon de tout d’un coup réussir à faire entendre sa voix dans le vacarme. C’est aussi un des sujets que pose La Question, d’Henri Alleg, avec Stanislas Nordey, mis en scène par Laurent Meininger. C’est un texte très fort qui revient sur la torture pendant la guerre d’Algérie, sur la capacité ou non du discours à rendre compte d’une violence et de l’Histoire, à travailler l’indicible. On jouera également Nos ailes brûlent aussi de Myriam Marzouki et Sébastien Lepotvin, autour du soulèvement du peuple tunisien, pour les dix ans de la révolution de Jasmin. Des scènes ouvertes viendront résonner avec les thématiques de ces pièces.

L’esprit, pour filer une métaphore qui me parle beaucoup, serait qu’on pense une partition musicale avec une ligne mélodique, qu’on travaille à ce qu’elle joue et surtout que la mélodie puisse se moduler autour.

Comment vous entourez-vous pour construire un regard duel sur l’actualité, et prendre de la hauteur sur l’évènement, nourrir l’esprit critique et le recul ?

Je travaille avec un comité d’orientation. On se réunit autant de fois qu’il le faut mais a minima une fois par trimestre, et on échange au long cours pour construire autour des sujets qui nous importent, proposer des entrées et des inflexions. Il y a aussi des thématiques qui surgissent d’elles-mêmes et qui permettent d’avancer sur des questions. Chacun les travaille à sa manière et depuis son angle.

Pour la programmation, je travaille en concertation avec l’équipe mais aussi confortée par mes discussions avec la Maire de Paris, elle se montre très au fait. En décembre, on a monté le procès fictif de la Seine, qui a accueilli plus de 1 200 personnes. C’était un grand moment, et une preuve s’il en faut de la volonté des citoyens de prendre part aux projets, de les nourrir. Ce sujet, il a été impulsé par la Maire, au croisement de choses qui existent déjà, comme le Parlement de Loire. Quand ça raisonne de la sorte c’est incroyable. On a vraiment scénarisé ce procès, on fera ensuite une convention citoyenne pour avancer sur cette question. Là précisément on est au cœur d’enjeux démocratiques et écologiques de Paris, c’est concret. Et on en est là parce que la Maire l’a voulu. Moi, dans tout ce travail, je tiens à rendre hommage à son instinct et à sa vision.

Puisque justement on parle de l’impulsion de la Ville et des pouvoirs publics, comment est pensée l’accès des publics, la diversité de l’offre, la tarification, etc. ?

La majorité de ce qui est proposé ici est une offre gratuite. Les ateliers et les scènes ouvertes sont gratuits. Pour les spectacles, la tarification est à 8 euros pour les étudiants, pour les mineurs, les gens aux chômages. La règle est quand même la gratuité, entre 15 et 20 euros autrement.

Gratuite, ça veut dire : financé par la Ville et donc collectivement. L’impulsion et la volonté sont aussi là. À ce titre, et puisque les directions politiques sont soumises aux mandats électoraux, quelles ambitions dessinez-vous pour le lieu et comment trouver un équilibre à long terme avec les échéances électorales qui remettent épisodiquement en jeu les politiques culturelles ?

Mon intérêt est que ce lieu existe à part entière. Je crois que c’est le cas et c’est ainsi que je travaille à le pérenniser. Qu’il fasse sens pour toutes et tous, autrement dit qu’il s’impose par l’idée qu’il est un autre théâtre. Son utilité dépasse les mandatures, on travaille à en faire un bien commun. Naturellement, ses détracteurs, mais qui sont partout ceux de la culture, prétendent que c’est le théâtre d’Anne Hidalgo. Non, c’est celui pensé par la Maire de Paris qui, par-là, porte l’ambition de l’art pour toutes et tous dans une dimension du politique.

À ce titre, et dans une volonté d’ouvrir toujours plus largement – on l’a vu avec le projet autour de l’art et le soin – vous cherchez à rapprocher le citoyen de la science et plus globalement de la recherche. Comment se prépare cette nouvelle étape ?

Il y a des chercheurs qui travaillent partout et sans relâche pour nous, qui sont des cerveaux incroyables, souvent animés d’une passion considérable. Et demeure un fossé impossible avec le grand public. Un peu comme celui entre l’art le monde de la recherche, malgré des ouvertures, qui demeurent souvent minoritaires. À court terme, effectivement, j’ai envie de développer une démarche d’accessibilité de ces savoirs, de cette réalité, afin que l’on puisse montrer et faire entendre que les travaux des chercheurs sont essentiels pour notre avenir mais aussi pour comprendre l’Histoire.

On réfléchit à des projets d’action-recherche notamment, on tisse des partenariats avec des universités, on pense des formes assez fécondes sur scène. Un travail important est par exemple en train de s’écrire avec Saint-Anne. On voudrait réfléchir à la question du vivant avec eux : comment prend-on soin du citoyen, comment prend-on soin du vivant, quels enjeux démocratiques y investissons-nous, etc. ? Là aussi l’art a un pouvoir importance, puisqu’une œuvre peut nous déplacer et nous ancrer, de manière sensible.

Théâtre de la Concorde (DR)

C’est évident et vertigineux. On retrouve effectivement cela dans certaines réflexions sur la spiritualité. Vous essayez, depuis la plasticité des formes et une réflexion matérialiste sur l’état du monde, de penser aussi une complémentarité dans une forme de spiritualité.

Oui, ça participe, en conscience ou non, de toutes les pratiques communes et collectives. L’enjeu du vivant, je crois, touche à cela. C’est ce qu’on tente de faire avec le travail autour de la Seine. En avril, on va accueillir la saison croisée France-Brésil. On voudrait interroger l’idée d’une démocratie du vivant, voir comment faire résonner les pratiques artistiques qui mettent en scène les enjeux climatiques, le cas très particulier, par exemple, de Porto Alegre, etc. Il y aura une pièce de Felipe Hirsch sur les premiers conquistadors du Brésil, qui étaient en réalité des normands. Cette pièce synthétise exactement ce que je veux porter parce qu’elle parle des langues, des imaginaires, des traces, du vivant. On est heureux que la saison France-Brésil commence chez nous.

On lit aussi dans cela votre attachement à l’esprit critique et à la construction du discours, comme à la manière de faire histoire.

Oui, absolument. J’ai un temps travaillé à ce que pouvait signifier de décrypter les médias, notamment en remplacement de Pascale Clark à la radio. Mais l’enjeu est plus large, c’est celui du verbe qui s’attache à faire sens pour mieux communiquer. C’est ici qu’a été lancé l’Observatoire des médias sur l’écologie. Mais plus largement par là on cherche à rattacher la question de l’écologie à la question de la désinformation. Il y a notre grande sœur pas loin, l’Académie du climat, mais comme je disais à la directrice de l’institution récemment : on doit pouvoir montrer un large spectre du travail citoyen, associatif et artistique. On travaille en cohérence.

Ce lieu, théâtre autrement, scène plurielle, observatoire commun, atelier participatif, c’est aussi un théâtre sans quatrième mur. Votre – vos – façon de penser l’espace du lieu dans l’espace de la Ville, disons de la cité, et les liens participent aussi de cela.

C’est un lieu sans quatrième mur, l’espace de la rencontre, du débat et de la pensée. En tout cas, nous le bâtissons ainsi et œuvrons en ce sens.

Théâtre de la Concorde (DR)