Haïti endeuillée : ni fatalité, ni résignation, ni acceptation

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Dès le 30 juin, Gazette Haïti annonçait l’assassinat de Marie-Antoinette Duclaire, porte-parole de Matris Liberasyon, militante politique, activiste, actrice culturelle dans le domaine de la musique, et du journaliste Diego Charles, survenus dans la nuit du 29 au 30 juin 2021.

Aussitôt RADI (Rasanbleman pou Diyite Ayiti) diffusait ce communiqué, à Port-au-Prince : « RADI (Rasanbleman pou Diyite Ayiti) crie sa douleur et son indignation devant l’assassinat d’un membre de la Coordination de RADI, la journaliste, militante, féministe, Antoinette Duclaire. Dans la nuit du mardi 29 juin au mercredi 30 juin, des motocyclistes armés ont abattu Antoinette Duclaire ainsi que le journaliste Diego Charles à Christ-Roi.
RADI crie sa colère devant cet acte ignoble, devant la violence et les crimes qui se répandent dans le pays. RADI dénonce ceux et celles qui se rendent complices de tels actes en acceptant la situation insoutenable qui règne dans le pays.
RADI salue le courage, le dynamisme et la détermination d’Antoinette Duclaire qui n’a jamais baissé la tête devant qui que ce soit, qui n’avait pas peur de se battre pour défendre ses idées et opinions. Il est temps que les citoyens et citoyennes cessent de mourir ici. Il est temps que le sang de jeunes hommes et jeunes femmes comme Antoinette Duclaire cesse de couler pour satisfaire les sanguinaires avides de pouvoir ainsi que tous les autres vauriens qui défendent leurs privilèges économiques et sociaux.
La Communauté internationale, tous les acteurs nationaux et internationaux qui continuent de soutenir ce régime pourri ont sur leurs mains le sang de ces jeunes et de tous ceux et celles qui sont tombés victimes de ce climat de violence.
RADI a reçu un choc violent aujourd’hui et nous avons mal. Antoinette Duclaire était une citoyenne haïtienne qui voulait un changement pour son pays. Elle désirait mettre ses compétences et son intelligence au service de son pays. Elle est tombée sous les balles des assassins.
RADI proteste contre l’assassinat d’Antoinette Duclaire et de Diego Charles et de toutes les victimes de l’insécurité, de la violence et de la répression qui règnent dans le pays. RADI proteste également contre la terreur que les gangs armés déploient depuis trop longtemps contre les populations de Martissant, de Fontamara, du Bel-Air, de Delmas, de la Croix-des-Bouquets, de Carrefour et de Christ-Roi.
RADI condamne l’incapacité du gouvernement de Jovenel Moïse/PHTK qui s’obstine à rester au pouvoir, en dépit du fait que son mandat ait pris fin le 7 février 2021, et en dépit du fait qu’il se montre incapable de diriger le pays.
RADI présente ses sympathies à la famille et aux amis d’Antoinette Duclaire ainsi qu’aux proches de Diego Charles et des autres victimes du carnage de la nuit du mardi 29 juin au mercredi 30 juin. RADI réclame que justice soit rendue mais nous l’avions déjà dit et nous le répétons : aucune justice n’est possible sous le régime de Jovenel Moïse/PHTK. RADI associe sa voix à celle de tous les groupes et regroupements qui réclament que Jovenel Moïse quitte le pouvoir. La liste des morts s’alourdit. Quand devra-t-on arrêter de compter nos morts ?

(Comité de coordination de RADI : Handgod Abraham, Michel Acacia, Pierre Buteau, Magali Comeau Denis, Christophe Denis, Emmanuela Douyon, Odilet Lespérance, Nadève Ménard, Jerry Michel, Évelyne Trouillot,Lyonel Trouillot, Maïté Trouillot)

Le 3 juillet, le Comité des femmes écrivains – Centre PEN Haïti, déclarait, à Port-au-Prince : « Vous n’arriverez jamais à nous tuer
Nous sommes onze millions d’Haïtiennes et d’Haïtiens. Vous n’arriverez jamais à nous tuer. Le pouvoir ça se gagne et ça se perd. Les dynasties se construisent et s’effondrent, ne demeurent généralement que celles et ceux qui arrivent à s’adapter et à se constituer en nouvelle société, avec de nouveaux codes et de nouveaux repères.
Nous avons survécu au commerce triangulaire, affronté des vagues d’occupation, combattu deux dictatures sanguinaires. Nous avons résisté à diverses formes de répression. Vous n’arriverez jamais à nous anéantir ! Vous nous volerez nos vies avant nos votes. Nous vous donnerons nos vies avant nos votes. Prenez. Continuez à vous servir. Gavez-vous, continuez à vous asservir ! Vous chérirez nos votes plus que nos vies. Prenez, buvez, ceci est notre sang livré pour eux – ceux qui vous ont nié – et pour la multitude qui apprendra à vous nier. Voyez! Vous n’arriverez jamais à nous tuer toutes et tous.
Vous nous affamerez, vous nous emprisonnerez, vous nous exilerez. Vous continuerez à fermer les yeux lorsque des bras acharnés nous jetteront du haut d’un bus. Silence, lorsqu’ils nous bombarderont de gaz lacrymogènes. Vous paraderez pour insignifier le sort des sans-abris. Vous assassinerez nos frères, criblerez nos sœurs de balles, éteindrez des voix. La connaissance vous fait peur, nous le savons! Mépris, haine apparente, c’est tout ce que nous vous inspirons! Vous n’arriverez jamais à tous nous enlever! Notre culture et notre histoire toujours nous ressembleront, nous rassembleront. Vous nous confinerez dans la peur, vous bannirez nos rires, vous nous dresserez l’un, l’une contre l’autre… Nous vous résisterons.
Nous survivrons, même s’il nous fait attendre cent, deux cent ans. Voyez, vous n’arriverez jamais à nous tuer ! »

Plusieurs sites et organes de presse et de culture ont relayé ces textes pour faire connaître les faits et la détermination militante des Haïtiennes et Haïtiens qui appellent à la solidarité et non à la compassion, à l’ouverture d’une enquête véritable pour traduire les assassins en justice : Le Nouvelliste, Le Matin d’Algérie, MADININ’ART – Martinique…

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