Sur Kristeva : la femme, sa pensée et mon rapport à elle

Julia Kristeva, photo Sophie Bassouls

Plus je lis, plus j’écoute et plus j’écris sur Julia Kristeva.
J’ai l’impression d’être coextensif dans ma conscience et mon inconscient à sa personne, le langage joue le rôle de liant. Je me fonds en elle, je suis elle à la nuance près qu’elle me fait m’explorer elle-même en moi. C’est-à-dire que je suis elle, en m’explorant moi. Il y a Kristeva en moi, différemment.

Julia Kristeva me rend compte, par les anecdotes sur sa vie ou les théories conceptuelles qu’elle déploie, de mon moi ; toujours en fonction d’elle. Plus précisément ou plus abstraitement, les académiciens me corrigeront, je deviens Kristeva à chaque moment où je pense, car, comme une mère, bien que très symbolique, elle me guide et me protège contre un dehors menaçant. Un dehors incompréhensible. Elle est ce réceptacle à ma nature angoissée. Comme l’enfant avec sa mère, et je le comprends mieux tout en l’écrivant, je pénètre dans l’intimité fantasmée par mon psychisme, cette intimité de Kristeva qui me rassure. Son boudoir bien rangé. C’est une mère et une enseignante. Ce qui revient au même.

Le langage de Kristeva me permet… Je parle de langage au sens de tout ce qu’elle me permet de signifier en moi-même, pour me comprendre… de me reconstruire sur des bases solides. Sorte de cogito cartésiano-husserlien re-morcelant mon esprit. Le Poème. Le mien, c’est-à-dire ma vie depuis 10 ans est écartée un moment pour revenir soigné, chouchouté par mon inconscient, le temps que ma pensée soit guérie par la parole de Kristeva, sorte de mère d’un jour.

Elle enseigne le langage et j’ai plaisir à l’écouter. Elle ne scinde pas sa parole comme moi dans mes moments d’égarements, ces moments de nuit à moi-même où l’obscurité ne cesse de se faire présente malgré cette lumière lunaire, satellite intouchable et intérieur qui m’éclaire parfois… du reste, peu souvent. Puisque cet éclairage me lasse de me faire corps enluminé au sein d’une peur nocturne, pressante et puissante, éclairage morbide, seul dans un champs de signes indistincts à être éclairé, impuissant. Et cette lumière m’ouvre sur mon angoisse de néant : sens absent car langage corrompu.

Kristeva illumine comme le Soleil. Cette fois-ci tout est visible, quoique sous-jacent parfois, mais d’un sous-jacement qui se révèle comme pensée, langage, vie, extension de mot en mot, de couleur en couleur, de travail en satisfaction.

L’aspect de sa pensée qui se penche sur la sémiotique, qui est tout du moins un langage de toutes sortes de choses comme la poésie (!), la chora enfantile ou un statut Facebook m’aide aussi, me permet de me concevoir moi-même comme réceptacle à des informations extérieures prétendument insignifiantes en une énorme encyclopédie d’un réel extérieur, précise dans ses gestes et ces procès de signifiance, de démarcation, de démarrage et de finitude du processus de pensée apparemment différent à chaque fois mais dans sa différence se noue une unique chose : un langage et son sens.

Julia Kristeva par Sophie Zhang (Les deux photographies illustrant cet article sont issues du site officiel de Julia Kristeva)

En somme Kristeva me soigne, je l’ai dit. Me réconforte, je l’ai souligné. Et prend la place symbolique d’une mère, chose dite. Ainsi je me greffe contre un corps biologiquement vide et symbolique par l’écoute, l’attention, la lecture, l’écriture et la joie d’avancer peu à peu sur le sentier qui me mène à la guérison d’une conscience auparavant orpheline et douloureusement vivable, sentier béni et convoité.