La revue La Barque dans l’arbre: « Dire non, c’est ce qui s’entend dans le fait de créer une revue, mais dans le champ d’une ouverture possible »


En prélude au 27e Salon de la Revue qui se tiendra le 11 et 12 novembre, Diacritik, partenaire de l’événement, est allé à la rencontre de jeunes revues qui y seront présentes et qui, aussi vives que puissantes, renouvellent en profondeur le paysage littéraire. Aujourd’hui, entretien avec Olivier Gallon pour sa riche revue La Barque dans l’arbre.

Comment est née votre revue ? Existe-t-il un collectif d’écrivains à l’origine de votre désir de revue ou s’agit-il d’un désir bien plus individuel ? S’agissait-il pour vous de souscrire à un imaginaire littéraire selon lequel être écrivain, comme pour Olivier dans Les Faux-Monnayeurs de Gide, consiste d’abord à écrire dans une revue ?

La Barque dans l’arbre, dont le premier numéro paraît, est née du désir de revenir à la revue, autrement et dans la continuation de la première, à savoir La Barque dont 9 numéros étaient parus entre janvier 2006 et octobre 2012. Imaginons une catastrophe, La Barque se serait retrouvée dans un arbre… Par continuation, entendons qu’il ne s’agit pas d’une revue programmatique, encore moins thématique. Elle n’est pas le fait d’un collectif, relèverait davantage d’une communauté, d’un partage. Son « imaginaire littéraire », pour reprendre votre formulation, est tout entier dans l’exigence du poème, exigence n’appartenant pas qu’à lui seul. Écrit-on d’abord dans une revue ? Certainement, dans la mesure où elle permet d’être accueilli là où le livre souvent se refuse. La revue est un lieu d’accueil par excellence, où des textes cohabitent, qui sans elle ne se seraient pas retrouvés ensemble, de sorte qu’entre chacun d’eux, et de numéro à numéro, un « imaginaire littéraire » s’invente. Façon de dire que la revue est un espace vivant, imprévisible, qui nous fait autant que nous la faisons.

Quelle vision de la littérature entendez-vous défendre dans vos différents numéros ? Procédez-vous selon une profession de foi établie en amont du premier numéro ?

Une littérature dont le fond est poème, dont l’exigence d’écriture est poème, quelle que soit sa forme. Pas de profession de foi.

Comment décidez-vous de la composition d’un numéro ? Suivez-vous l’actualité littéraire ou s’agit-il au contraire pour vous de défendre une littérature détachée des contingences du marché éditorial ? Pouvez-vous nous présenter un numéro qui vous tient particulièrement à cœur ?

La composition d’un numéro se fait sans impositions de tout ordre. Seul rappel, seul lien évident dans ce premier numéro, même si ce n’est pas le but, certains textes directement en écho avec certains livres parus à La Barque (deux lettres de Conrad Aiken en lien avec Le Grand cercle paru en octobre 2017, et un texte qui revient sur le livre d’Ayukawa Nobuo, Poèmes 1945-1955). Le souci relève davantage du montage, des possibles attractions ou répulsions des textes entre eux. Il s’agirait plutôt de faire revenir l’actualité autrement, sans la suivre, sans y être soumis. Il s’agit du premier numéro de La Barque dans l’arbre, cependant je pourrais rappeler les derniers numéros de La Barque, notamment le numéro 8 avec des textes de Edward Stachura, Ritwik Ghatak (cinéaste indien majeur), Maciej Niemiec dont ce fut les derniers poèmes parus et auquel un hommage est rendu en toute fin du dernier numéro 9, des dessins et le poème « Aux hommes » de Vaslav Nijinski en rapport avec le travail de la compagnie Pequod (enregistrement présent en ce numéro), un dossier considérable de Joseph Brodsky, ainsi que des textes d’auteurs moins connus comme Franck Gourdien, Jacques Sicard, Olivier Gallon…

À la création de sa revue Trafic, Serge Daney affirmait que toute revue consiste à faire revenir, à faire revoir ce qu’on n’aurait peut-être pas aperçu sans elle. Que cherchez-vous à faire revenir dans votre revue qui aurait peut-être été mal vu sans elle ?

Trafic, je l’attendais et l’espérais ! Le cinéma fut pour Serge Daney la manière de recevoir des nouvelles du monde, et surtout l’apprentissage de la distance à partir de laquelle l’autre commence. Il y a toujours dans ce qui vient quelque chose qui revient. Dans La Barque dans l’arbre, il y a effectivement la revue précédente qui revient, mais ce n’est pas l’essentiel. Que quelque chose revienne est une certitude. Imaginez il y a encore quelques temps voir des textes inédits de Louis-René des Forêts, textes qui reviennent eux-mêmes d’une autre revue qui n’a pas vu le jour (Revue Internationale), se retrouver à côté de Tonino Guerra, Arkadi Dragomochtchenko, Conrad Aiken, Nicolas Vatimbella…, dans l’espoir que dans leur résonance de l’air circule. Ajoutons que le souci est dans ce cas envisagé sous l’espèce d’un montage où se retrouvent des textes et contemporains et du temps non apparus. Un non encore perçu a lieu, lequel est bien contemporain.

Est-ce qu’enfin créer et animer une revue aujourd’hui, dans un contexte économique complexe pour la diffusion, n’est-ce pas finalement affirmer un geste politique ? Une manière de résistance ?

Certainement. « Dire non », c’est ce qui s’entend dans le fait de créer une revue, mais dans le champ d’une ouverture possible. Mais ce devrait être elle (la revue) qui nous anime et non l’inverse.

La revue La Barque dans l’arbre sera présente au Salon