Jonathan Safran Foer © Diacritik

« En toute simplicité et en toute impossibilité » : si l’univers d’un écrivain est tout entier contenu dans les mots qui ouvrent son premier livre, nul doute que l’œuvre de Jonathan Safran Foer doive être lue sous le signe de la disjonction, celle dont témoigne cette dédicace de Tout est illuminé (Everything is illuminated, 2002). Elle énonce un paradoxe, de ceux que les livres suivants n’auront de cesse d’explorer, comme ce troisième roman, Me voici (Here I am) qui vient de paraître aux éditions de l’Olivier, dans une traduction de Stéphane Roques : l’occasion d’un grand entretien diacritique avec Jonathan Safran Foer.

Ce samedi est le jour de la Marche des Fiertés de Paris qui célèbre sa40e édition avec la présence remarquée et controversé du cortège des « LBGT en Marche », soutien du mouvement d’Emmanuel Macron maintenant majoritaire à l’Assemblée Nationale. Alors que ce parti a investi le député aux déclarations homophobes Olivier Serva en Guadeloupe, que Jacqueline Gouraud et Jean-Baptiste Lemoyne qui s’étaient positionnés contre la mariage des couples de même sexe viennent de rejoindre le gouvernement, que Gérard Collomb mène une politique policière et répressive contre les migrants, ou que le Président s’adonne à des « blagues » racistes sur les Comoriens noyés sur les côtes de Mayotte, certain.e.s ont bien du mal à comprendre de quoi les LGBT En marche ont à tirer quelque fierté.
C’est dans ce sens que des militants LGBTQI ont mené cet après-midi une action de blocage du cortège pour interpeller et affirmer ce message : « Trans Bi.e.s Pédés Gouines avec les migrants. Pas de fierté sans solidarité ! ». Rencontre avec un des militants qui nous explique cette démarche.

Loving

Prendre la brique, étaler le ciment, poser la brique, droite, bien droite, c’est le plus important, rester bien droit… Richard Loving accomplit ces gestes encore et encore, il pose les briques, étale le ciment, et lui reste droit. Perdue entre New York et Los Angeles se situe l’Amérique, la Virginie, un nouveau monde qu’il faut construire. C’est notamment en racontant des histoires de cette Amérique que Jeff Nichols (Shotgun  Stories, Take Shelter, Mud) est devenu l’un des plus grands réalisateurs indépendants américains. Avec Loving, peut-être son film le plus audacieux, Jeff Nichols fait mine d’embrasser le film à thèse pour mieux en détourner les codes. Il y aura bien des avocats idéalistes, des lois injustes, la prison et la cour suprême, mais presque en arrière-plan. Ce qui intéresse Nichols, c’est d’abord ses héros et les paysages de la Virginie.

Designated Survivor

Avant qu’une fin du monde imminente ne vienne contrarier nos projets d’avenir, plongeons-nous dans l’univers délicieux et somme toute inquiétant de la présidence des États-Unis. Ou tout du moins celle, infiniment plus fictionnelle (quoique) de Designated Survivor, diffusé à l’origine sur le réseau ABC (et en France sur Netflix), dont la reprise est annoncée le 8 mars prochain.
Revue d’effectifs d’une série qui met en scène un président non-élu…

PJ Harvey
PJ Harvey

The Hope Six Demolition Project est un album mat.

Par-delà le credo rock qui lui permit au début des années 1990 de signer parmi les chansons les plus marquantes de l’époque, de 50th Queenie à Meet Ze Monsta, PJ Harvey depuis White Chalk (2007) qui fissura les anciens murs de guitares post-punk pour ouvrir la voie à des mélodies moins âpres, est partie en quête d’une écriture de la note juste. Mais avec le merveilleux Let England Shake (2011) et maintenant ce neuvième album studio, The Hope Six Demolition Project, c’est le monde qu’elle annote, l’évocation des conflits du Kosovo et de l’Afghanistan, ainsi que de la misère d’un quartier de Washington succédant à celle de la Première Guerre mondiale dans l’opus de 2011. Ici, chant et musique résonnent d’ailleurs en écho aux photographies de Seamus Murphy, avec qui elle avait publié en 2015 un recueil de poèmes, The Hollow of the Hand. Par ce geste artistique pluriel, PJ Harvey interroge crûment la place et le rôle des œuvres littéraires, musicales ou plastiques dans notre chaos contemporain.

Roland Barthes, 1978 — Photo : Sophie Bassouls / Sygma / Corbis
Roland Barthes, 1978 — Photo : Sophie Bassouls/Sygma /Corbis

Quatre livres signés Colette Fellous, Antoine Compagnon, Philippe Sollers et Chantal Thomas ; tous ont Roland Barthes pour centre irradiant, qu’il s’agisse de La Préparation de la vie, de L’Age des lettres, ou de L’Amitié de Roland Barthes : un Pour Roland Barthes. Un Roland Barthes par d’autres, connu, aimé, feuilleté. Quatre images du désir du texte, d’un amour de la langue et du goût du présent.
Et d’abord, premier texte de cette série, Colette Fellous, sa préparation de la vie et Barthes « aimant », dans tous les sens de ce si beau terme. « Je me souviens qu’il disait : je n’aime pas qu’on parle de moi ni en bien ni en mal, j’écris pour être aimé de quelques-uns mais de loin ». Roland Barthes, si loin, si proche, « sorte de reporter spirituel » et « guide vagabond ».

James Donovan (Tom Hanks) suivi par un agent de la CIA
James Donovan (Tom Hanks) suivi par un agent de la CIA

Dans le magistral et ultime tome de La Maison Cinéma et le monde consacré au crépusculaire mais flamboyant moment Trafic de sa vie bientôt abruptement achevée, Serge Daney livre, depuis le terrible foudroiement de la pensée que la claire imminence de la mort rend inéluctable, une définition du cinéma énoncée dans un parfait cristal de vérité : « Le cinéma est l’art du présent, c’est-à-dire l’art de ce qui a été présent au moins une fois. » Force est de reconnaître, à regarder Le Pont des Espions, le dernier film de Steven Spielberg qui sort ce mercredi, qu’une telle formule du cinéma fondée sur l’expression absolue d’un sentiment du présent n’emporte aucune image, ne traverse aucun plan, n’habite aucune scène d’un film qui fait du Passé, élevée à la terrible majuscule de statue du Commandeur, sa valeur refuge, sa zone anomale, son repli ultime, son art à valeur de contresens ardent du monde : où, pour Spielberg, la salle de cinéma devient le bunker d’un cinéaste aveugle.