En février 2021, Johan Faerber s’entretenait avec Yamina Benahmed Daho, à propos de son roman récent, A la machine et de ce qui avait guidé l’écrivaine dans l’élaboration de sa fiction, à mi-chemin de l’enquête historique et du souvenir autobiographique. Dans ce « livre social et politique », on plonge dans l’injustice du conflit entre intelligence inventive d’un ouvrier et moyens financiers du capitalisme qui permettent de priver un inventeur des fruits de son invention. Car Barthélémy Thimonnier a inventé la machine à coudre et il est pourtant mort dans la misère.

Deux auteurs nés à Douala (Cameroun), Yann Gwet en 1982 et Jo Güstin en 1987 proposent, en cette année 2019, une réflexion intéressante sur le devenir des « enfants de la postcolonie » en territoire de France, respectivement dans un essai autobiographique (Vous avez dit retour ?) et dans une sorte de journal fiction (Ah Sissi, il faut souffrir pour être française !). Ils le font en aboutissant à des propositions opposées, du moins dans le présent dans lequel ils s’inscrivent.

En 1960, Djibril Tamsir Niane fait paraître Soundjata, l’histoire du plus célèbre empereur du Mali, qui vécut au XIIIe siècle. L’historien et dramaturge contribue ainsi à fixer et à faire connaître une épopée auparavant racontée uniquement par des griots, dans des cérémonies au déroulement très strict. La publication offre une très large diffusion à cette histoire de femme-buffle, d’enfant paralysé qui se dresse sur un arc, de sortilèges et de génies, de batailles où le monde se partage, de création d’empires.