En ces temps de situation géopolitique incertaine, les éditions de l’Olivier ont eu la bonne idée de rééditer (on oserait presque le mot réhabiliter) Le Masque de Dimitrios, thriller littéraire signé Eric Ambler publié initialement en 1939, quand l’Europe fourbissait ses armes et s’apprêtait à basculer dans un second conflit mondial. L’écrivain britannique, futur auteur de The Light of the Day (plus connu sous le titre de Topkapi, adapté au cinéma par Jules Dassin en 1964) y montre toutes ses qualités d’écriture de récits à la croisée du polar et du roman d’espionnage sur fond de vengeance, d’enquête à rebours et de contexte historio(géo)graphique.

Les éditions de l’Olivier ont été fondées en 1991, elles fêtent donc leur 30 ans en cette drôle d’année 2021. On pourrait regretter que la pandémie mondiale contraigne voire interdise encore rencontres en librairies, colloques et autres événements qui auraient pu émailler ce formidable anniversaire. Mais le contexte si particulier qu’un virus donne à nos vies dit aussi ce qu’est la littérature : un rempart, une évasion, un repère. Et c’est bien ce type de littérature, française comme étrangère, que publie et transmet la maison d’édition d’Olivier Cohen, depuis désormais trois décennies.

Jean-Paul Dubois vient donc d’obtenir le prix Goncourt 2019 pour Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, contre tous les parieurs donnant Amélie Nothomb favorite. Deux pensées me traversent l’esprit, quasi simultanées : il y avait un très grand livre dans cette liste, Extérieur monde d’Olivier Rolin et il restera, prix ou pas ; ce Goncourt couronne aussi (surtout ?) un très grand éditeur, Olivier Cohen, et je suis heureuse pour sa maison.