De quoi Érostrate est-il le nom ? Et qui se souvient de lui ? À la lecture d’Érostrate paru chez Dargaud en octobre dernier, on serait presque enclin à titrer « Vous ne devinerez jamais ce qu’Érostrate a fait pour se rendre célèbre ? ». Des questions modernes pour un livre-album qui emprunte à l’antiquité et la forme de la geste pour mieux résonner avec l’époque contemporaine qui juge la postérité à l’aune du nombre de vues sur YouTube ou au nombre de followers sur Instagram.

Troisième année consécutive où le nombre 31 régit ces chroniques (seul leur titre générique change en début d’année). Ce serait amusant de programmer autant d’ouvrages à son sommaire. Il faudrait évidemment se contenter d’écrire pour chacun un paragraphe de mille signes, espaces comprises, tout au plus. Pour y arriver, il faudrait opérer un lent travail de condensation requérant un nombre infini de coups de gomme et de nombreuses plages de réécriture. N’y pensons plus : nous élaborons ces petites constellations critiques pour le plaisir et non pour devenir fou.

En 1886, dans un conte amer aux nombreuses connotations philosophiques et religieuses, Léon Tolstoï montrait comment, en peignant le portrait désabusé d’un paysan russe cédant aux sirènes du productivisme et à la tentation de la l’expansion agricole, elle pouvait mener celui-ci à sa perte. En adaptant Ce qu’il faut de terre à l’homme, Martin Veyron, inoubliable auteur de L’amour propre (ne le reste jamais très longtemps) et de Marivaudevilles, livre un album au dessin rond et généreux qui sublime le texte de l’écrivain russe.