« Les hommes politiques ne lisent pas de livres », a coutume de répéter Pacôme Thiellement. Sans doute ne lisent-ils pas du tout. À tel point que leur fréquentation du langage, de la parole, se trouve biaisée dès lors qu’ils l’utilisent, qu’ils la profèrent.
Laurent Margantin
En 2014, Laurent Margantin entame un projet que l’on pourrait qualifier de prométhéen : traduire les 1000 pages du Journal de Kafka. Traduire et non retraduire tant la version qu’il propose est différente de celle à laquelle les lecteurs français avaient alors accès (signée Marthe Robert), une version amendée par Max Brod, coupée, délestée de tout ce qui pouvait faire scandale (la fréquentation des bordels) ou paraissait extérieur à la pratique diaristique : les fragments de récits, un chapitre de l’Amérique en cours d’écriture.