Zombie Zombie © Jean-Philippe Cazier

Le 20 octobre prochain sortira Livity, le nouvel album de Zombie Zombie. Entre musique électronique et jazz, Krautrock et dance, les sept morceaux qui le composent prolongent de manière particulièrement réussie les expérimentations que le groupe poursuit depuis ses débuts. La structure de chacun articule des plages sonores qui se développent, se superposent ou se différencient, intègrent répétitions et variations, vont parfois jusqu’au bruit, installent des ambiances lancinantes en même temps que dansantes. Le morceau le plus emblématique est peut-être « Looose », qui fait coexister sur un rythme très dansant l’afro beat, le free jazz, la musique électronique, l’énergie d’un concert de rock, le bruitage quasiment cinématographique. Rencontre et entretien avec Etienne Jaumet, Cosmic Néman et Dr Schönberg (Jérôme Lorichon).

Voilà bientôt une année, comme par surprise à soi, que Prince nous a quittés, jour pour jour. Ce sinistre premier anniversaire est marqué par la sortie d’un EP inédit, Deliverance, sans doute écrit et interprété entre 2006-2008, période féconde pour celui qui se faisait appeler The Artist mais aussi par une somme de biographies dont on retiendra, lumineuse, érudite et généreuse, celle d’Alexis Tain, Prince : Le Cygne Noir à la Découverte.

Car on le sait désormais depuis un an, comme une rumeur folle, comme une évidence indépassable : Prince n’aura vécu que 8 ans.

Chocolat © Jean-Philippe Cazier

Avec Rencontrer Looloo, le groupe québécois Chocolat affirme encore davantage l’éclectisme musical déjà présent dans les albums précédents. Si la tonalité générale est rock, voire punk, s’y mêlent également le jazz, le psyché, le Kraut, la ballade, le hard, etc. Le résultat n’en est pas pour autant un pêle-mêle d’influences juxtaposées : grâce à un travail d’arrangement recherché, à l’agencement fin de styles différents à l’intérieur des morceaux, à l’énergie que les musiciens insufflent à chaque composition, aux articulations fines de ces compositions, aux performances vocales impeccables de Jimmy Hunt, l’ensemble rend cohérents des genres musicaux éloignés et les soutient d’une même intensité. Les textes elliptiques, absurdes et souvent drôles, ont comme fil rouge l’histoire d’un dieu venu de l’espace, arrivant sur la Terre au milieu d’une humanité perdue. Si l’histoire, plus évoquée que racontée, semble inspirée de certains aspects du rock psyché ou glam, d’un univers de bd, de la trash-tv pro-ovnis, elle en reprend les éléments de manière à la fois ironique et délirante tout en laissant l’image d’une humanité à la dérive, raccrochée à un sauveur qui ne sauve de rien.
Rencontre avec les cinq musiciens actuellement en tournée – la formation originale ayant été un peu modifiée pour cette tournée – et entretien avec trois des membres de Chocolat : Emmanuel Ethier, Christophe Lamarche-Ledoux et Jimmy Hunt

The Psychotic Monks © Jean-Philippe Cazier
Après deux EP déjà remarqués, les Psychotic Monks proposeront ce 21 avril leur premier album Silence Slowly and Madly Shines. S’il avait un équivalent visuel, cet album couvrirait une étendue allant d’une gravure de William Blake au visage d’Iggy Pop, période Stooges. Marqué par une ambiance évocatrice du romantisme anglais comme du rock garage, les morceaux font se télescoper les Pink Floyd et le Velvet Underground, Nick Cave et la temporalité étendue de Mahler. Rempli d’énergie, de chaos autant que d’un silence suspendu à quelques accords presque arrêtés, le disque s’immerge dans un monde qui est un voyage rêveur, sombre et lumineux, à travers des intensités multiples et toujours fortes, du quasi chuchotement au cri. Loin de n’être qu’une compilation de références, Silence Slowly and Madly Shines se présente comme une expérience musicale à l’alchimie inventive et réussie. C’est dans cette synthèse que les quatre membres du groupe se sont lancés tête la première, de manière radicale, sans concessions ni effets faciles. Rencontre et entretien où il est question autant de rock que de poésie, d’Alien que d’Emily Dickinson, d’électronique, de composition, de chant grégorien que de Wenders ou d’Edgar Poe.
Entretien

Sylvie Kande
Sylvie Kande

« Des gestes de mort et de vie, d’extrême tendresse et de violence inouïe, qui fissurent la surface lisse et bouleversent le temps dans sa course annoncée » : tel est le pari de Gestuaire, le nouveau recueil poétique de Sylvie Kandé. Offrir un espace pour collecter les différents gestes et comprendre ce que signifie l’aventure poétique, l’ambition est vaste.

Amandine André et AC Hello photo : JP Cazier
Amandine André et AC Hello photo : JP Cazier

Amandine André et A.C. Hello font partie des nouvelles écritures du champ poétique contemporain, un champ où elles s’inscrivent et qu’elles redéfinissent de manière singulière – quitte à s’interroger sur leur appartenance à quelque chose qui serait la poésie.
Rencontre et entretien fait de croisements entre la littérature, la politique, la performance, la langue et ses dehors, la danse, la lecture, Danielle Collobert, la bibliothèque verte, Deleuze ou Bukowski.

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La voix résonne dans le casque. The return of the Thin White Duke. La voix est à la fois présente et absente, détachée, ailleurs. Throwing darts in lovers’ eyes. David Bowie est décédé le 10 janvier 2016. Pourtant sa voix est toujours là, au présent, lançant des fléchettes dans les yeux des amants. It’s too late to be grateful, it’s too late to be hateful. Comment la voix d’un mort peut-elle exister ? Voix après la mort ? Voix vivante d’un mort ? Et qui est mort si la voix est toujours là ?

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En mai 1967, le festival de Cannes, qui n’avait pas encore planté les germes de sa confortable petite rébellion microcosmique et cinématographique de 1968 sur la Croisette, décerna son grand prix à un réalisateur italien, Michelangelo Antonioni, qui avait déjà atteint une grande notoriété avec sa trilogie, L’Avventura (1960), La Notte (1961) et L’Eclisse (1962). Mais, cette fois d’une part Antonioni avait abandonné son Italie natale pour le Londres des années 1960, d’autre part il avait opté pour une adaptation, celle d’une nouvelle littéraire d’un auteur argentin exilé à Paris (où il mourra en 1984 et sera inhumé au cimetière du Montparnasse), Julio Cortazar. 

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Croyez-bien que j’en suis tout à fait désolé, mais le dernier Woody Allen, comme la grande majorité de son œuvre, est très réussi. J’aurais beaucoup aimé en dire un peu de mal, c’est fatiguant de dire toujours du bien de Woody, on manque d’inspiration pour dire, une fois encore, l’éblouissement que provoque presque chacun de ses films. Pire que tout, Cafe Society  fait une certaine unanimité. Bon, on sait bien que les mêmes qui encensent le film aujourd’hui nous expliqueront l’année prochaine que Woody ne fait plus rien depuis Annie Hall / Match Point / September (oui, certains critiques aiment beaucoup faire leur intéressant, parce qu’honnêtement, September, sauf si on a joué dedans…), si maintenant on doit être cohérent avec ce que l’on a écrit…

Prince en 1982
Prince en 1982

Depuis 1980, Prince n’a cessé de s’inventer depuis sa mort, depuis ce qu’il a pressenti être son irrémédiable disparition à chacun, depuis ce moment où, sans que l’on sache quand, dans une scène primitive, noire et dérobée, il aura su sans doute voir combien sa musique devait procéder avec méthode d’une Apocalypse d’outre mesure et d’outre temps.

Prince en 1980
Prince en 1980

On le sait désormais depuis hier : Prince n’aura vécu que 8 ans. Quand ce 21 avril 2016, dans la stupeur hagarde mondiale, tremblante de savoir que l’irrémédiable lui était advenu, quand son corps s’est éteint dans un cri mat au cœur d’un ascenseur ignoré de son bunker blanchotien de Minneapolis, voilà longtemps déjà que Prince était déjà pourtant mort à lui-même le sachant, que la vie l’avait déserté, qu’il avait été abandonné de lui, qu’il avait fait de sa propre désertion à être l’accomplissement ultime d’une existence dont la biographie lui importait peu.