Avec Décor Daguerre, récemment paru aux éditions de l’Attente, Anne Savelli poursuit un cycle entamé avec Décor Lafayette (Inculte, 2013) et Dita Kepler : à la fois épuisement et extension des lieux, ces livres ne sont pas vraiment des romans, ils sont plus que des romans, tout ensemble récits et bifurcation, portraits et autoportraits, des laboratoires, proprement des espaces où tout peut à la fois se dire et s’absenter.
Entretien avec Anne Savelli.

Marcello Mastroianni
Marcello Mastroianni

Comme tous les matins, lorsque je vais au travail, mon train s’arrête immanquablement devant le restaurant « La dolce vita » : un vaste espace de baies vitrées qui se trouve à côté de cette station RER à vingt minutes de Paris, où je m’apprête à descendre. Comme tous les matins, guettant des yeux la grande et discrète terrasse qui donne sur la Seine, immanquablement, je me dis : pourquoi ? Pourquoi La dolce vita ? Pourquoi on donne à certains lieux des noms de films ? Les films seraient-ils aussi des lieux ?

Dans les dernières images traversées d’obscurité de La Captive, sans doute l’un de ses plus beaux films, pareil à un cristal de douleur, Chantal Akerman laisse l’écran vide, le fait se perdre hagard dans la solitude d’une nuit sans trêve, de celle qui vient à la jeune Ariane, l’Albertine dont Simon perd le fil, qui se jette, elle de sa toute sa solitude, dans une mer d’encre noire où de son nom ne résonnent plus que les vagues qui l’emportent.