Mathieu Potte-Bonneville

« La reprise est la réalité, le sérieux de l’existence. Celui qui veut la reprise a mûri dans le sérieux : celui-là vit. Il ne galope pas comme un gamin » lance, avec vigueur et force, Kierkegaard pour venir définir la reprise, ce grand et intrépide principe de vie qu’il voit naître à l’horizon vital de chaque homme qui entend se déprendre du passé, en dépasser les atermoiements contrits et se livrer pleinement à l’instant présent qui ne cesse de venir à soi dans l’étourdissement de l’immanence.

Theory now

À La Colonie, nouveau lieu ouvert par Kader Attia, tout juste couronné par le prix Marcel Duchamp 2016, se déroulera, à l’initiative de Lionel Ruffel, la manifestation Theory Now qui se propose, entre ateliers, performances, et conférences, de redéployer la pensée, de la réengager, pour se mettre en quête de la théorie aujourd’hui. Diacritik vous invite à assister à ce qui s’impose déjà comme un événement majeur de cette fin d’année.

Performance de l’Encyclopédie de la parole
Performance de l’Encyclopédie de la parole

Première station : Une chorale s’installe sur scène et la parole commence à jouer. Modulée par la gestuelle d’un chef d’orchestre installé parmi le public, la parole fait entendre sa pulsation. Les voix se croisent, se superposent, se multiplient. Indistinctes, elles offrent les possibilités du dire de plusieurs singularités qui prennent un sens dans le collectif, comme à vouloir souligner la force de ce souffle, sa mobilité, sa diversité, sa vivacité et en même temps la précarité de l’un face au multiple. Ce mouvement se propage dans La Maison de la Poésie, s’élève, retentit dans le public, devient murmure, se tait.

Lionel Ruffel poursuit depuis dix ans une réflexion dense sur la notion de contemporain. La parution de Brouhaha chez Verdier en est une étape importante et Johan Faerber en a retracé quelques jalons dans plusieurs articles ces derniers jours (Mettre un terme, Français encore un effort pour être contemporains et De quoi le contemporain est-il le nom ?). Deux soirées, aujourd’hui et demain, à la Maison de la Poésie et à l’espace Khiasma, viendront poursuivre la réflexion, la mettre en perspective et en voix. En voici le programme.

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Lionel Ruffel
Lionel Ruffel

« Tout problème en un certain sens en est un d’emploi du temps » affirmait, depuis sa coutumière intransigeance, Georges Bataille au seuil résolu de sa méthode de méditation qui désirait lui faire apercevoir, au-delà des sombres voiles d’un temps toujours à soi dérobé, l’instant souverain d’une expérience qui dirait la matière du présent, lui trouverait son nom enfin réel dans le langage et n’abandonnerait pas le contemporain à la part maudite de toute pensée. Nul doute qu’une telle conception qui dessine le temps comme une savante et multiple architecture dont le présent se tiendrait comme l’indépassable et permanente clef de voûte trouve un fracassant écho dans Brouhaha de Lionel Ruffel, puissant essai sur le sens du contemporain et de ses mondes qui vient tout juste de paraître chez Verdier.

Lionel Ruffel
Lionel Ruffel

Quelques jours avant la sortie — le 11 février prochain — et la critique sur Diacritik de Brouhaha, puissant essai de Lionel Ruffel qui questionne le contemporain comme concept pour dire notre temps, retour sur le premier effort réflexif du critique littéraire, Le Dénouement. Paru en 2005 chez Verdier dans la collection « Chaoïd », s’y dévoile déjà l’essentiel d’une pensée parmi les plus neuves de l’époque.