Les années 50, New York, l’Upper West Side versus le Lower Manhattan. Des condos de Columbus Avenue aux caves de l’East Village, ce sont deux mondes qui se télescopent et qui augurent bien plus qu’une sit-com aux rires enregistrés et aux punchlines formatées. Hommage au stand-up et chronique d’une époque révolue et des temps à venir, The Marvelous Mrs Maisel est sans conteste la meilleure série de l’année.

Loving

Prendre la brique, étaler le ciment, poser la brique, droite, bien droite, c’est le plus important, rester bien droit… Richard Loving accomplit ces gestes encore et encore, il pose les briques, étale le ciment, et lui reste droit. Perdue entre New York et Los Angeles se situe l’Amérique, la Virginie, un nouveau monde qu’il faut construire. C’est notamment en racontant des histoires de cette Amérique que Jeff Nichols (Shotgun  Stories, Take Shelter, Mud) est devenu l’un des plus grands réalisateurs indépendants américains. Avec Loving, peut-être son film le plus audacieux, Jeff Nichols fait mine d’embrasser le film à thèse pour mieux en détourner les codes. Il y aura bien des avocats idéalistes, des lois injustes, la prison et la cour suprême, mais presque en arrière-plan. Ce qui intéresse Nichols, c’est d’abord ses héros et les paysages de la Virginie.

© Tara Lennart
© Tara Lennart

Frederick Earl Exley : Écrivain américain mort en 1992 et né en 1929 à Watertown. Un paquet d’articles, et trois romans plus ou moins autobiographiques, dont deux traduits en Français (le troisième le sera sans doute un jour).

Il y a des jours, on va vers un livre sans trop savoir pourquoi ni comment. Un titre, un nom, une quatrième de couverture. Un hasard. Tiens ça a l’air sympa. Il y a poète, bar, marginal, boisson, loser comme mots clés sur la 4e de couverture. Deux nuits blanches plus tard, le livre se referme à regrets. Frederick Exley écrit des histoires dont on ne voudrait jamais sortir. De sa vie en demi-teinte, il a écrit une fresque grandiose, profondément humaine et touchante. Il était persuadé du contraire, mais Frederick Exley apparaît comme l’une des grandes voix américaines de la seconde moitié du 20e Siècle.

Comme l’écrit Edna O’Brien — phrase que Philip Roth cite en exergue de La Bête qui meurt (2003) —, « l’histoire d’une vie s’inscrit dans le corps tout autant que dans le cerveau » : là est le sujet même de Chronique d’hiver selon Paul Auster, le récit du rapport qu’entretient un homme avec son corps, comme d’Excursions dans la zone intérieure (publié l’année suivante), chronique d’un cerveau et d’une pensée, de l’éveil au monde d’une conscience.