Le roman aime les fresques pour saisir dans une même ampleur destinées individuelles et destins collectifs. Une Antigone à Kandahar de Joydeep Roy-Bhattacharya inverse la focale : dire l’Afghanistan, à partir d’un événement intime, de conséquences privées, pour mieux modifier la perception que les chaînes d’information en continu nous donnent de l’actualité internationale, et par le roman, affirmer une permanence de la violence dans l’Histoire.
Ce sont les conflits qui déchirent l’Afghanistan qu’explore Joydeep Roy-Bhattacharya, ces « moments où, pour maîtriser la situation, il faut devenir fou et garder la tête froide en même temps ». Et une autre image d’actualité est rappelée par ce roman, elle nous hante encore : un mariage, une bombe, des civils décimés par une frappe militaire.


L’une des caractéristiques les plus fascinantes des éditions Inculte, en sens tout autant laboratoire du contemporain que maison d’édition, est la dimension collective du travail mené, via des revues, des rencontres croisées de ses auteurs, des collectifs ou des livres écrits à quatre mains comme A fendre le cœur le plus dur, signé Jérôme Ferrari et Oliver Rohe qui sort aujourd’hui en poche chez Babel. L’occasion de retrouver l’entretien vidéo réalisé avec Oliver Rohe lors de la publication du livre en grand format.

 


A fendre le cœur le plus dur, écrit par Jérôme Ferrari et Oliver Rohe, porte sur un ensemble de photographies prises par l’écrivain et journaliste Gaston Chérau en 1911, dans la Tripolitaine, en Libye, alors occupée par l’armée italienne et où Chérau est envoyé par le journal français Le Matin. A l’occasion de la publication en poche du livre, en Babel (Actes Sud), retour sur A fendre le cœur le plus dur, via un entretien avec les deux auteurs réalisé lors de la sortie du texte en grand format (Inculte).

Capture d’écran 2016-04-21 à 13.50.33Sortie en poche, chez Piccolo (Liana Levi) du dernier roman de l’écrivain Iain Levison, poil à gratter du confort bien-pensant d’une certaine Amérique, Ils savent tout de vous : certains êtres peuvent lire dans la pensée des autres, un don rapidement utilisé par le gouvernement pour mieux traquer les citoyens. La télépathie est une arme pour le FBI. Mené sur le rythme haletant d’un thriller, le récit de Iain Levison est un brûlot contre nos sociétés de l’espionnage généralisé, de la mise en coupe de la vie privée au nom d’intérêts supérieurs. Critique et entretien avec l’auteur.

Anatomie d'un soldat
Anatomie d’un soldat

« Ce livre est librement inspiré d’une histoire vraie » précise une note liminaire, brouillant immédiatement la ligne entre l’expérience réelle de Harry Parker, autrefois soldat de l’armée britannique, envoyé en opération en Irak et Afghanistan, revenu lourdement blessé, désormais écrivain, et son personnage Tom Barnes, capitaine britannique en mission dans un pays du Moyen Orient, perdant ses deux jambes dans l’explosion d’une bombe lors d’une patrouille nocturne. « Tom Barnes est fictionnel », tout est devenu « fiction » dans Anatomie d’un soldat, nous répète Harry Parker rencontré à Paris : son livre n’est ni une confession ni des mémoires, obliquement un roman de guerre et surtout le portrait fragmenté d’un homme qui doit se reconstruire, à travers 45 objets qui accompagnent sa vie de soldat puis de grand blessé et enfin d’homme survivant à l’impossible.

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Un lancinant vrombissement de moteurs accompagne l’inquiétant silence qui règne dans l’avion, à destination de Chypre, ramenant des militaires français d’une mission en Afghanistan. Tandis que la plupart des hommes sont endormis dans leurs sièges parfaitement alignés, une jeune femme est, elle, éveillée et s’agite. Portée par la curiosité, elle entrouvre timidement son hublot et rompt le calme mortifère en entamant une discussion avec sa voisine.

Richard Ford
Richard Ford

En toute franchise, dernier roman de Richard Ford traduit en français (par Josée Kamoun), sort en poche, chez Points. Le terme de roman est d’ailleurs impropre : il s’agit davantage d’un livre composé de quatre récits — manière de dire un État des lieux par un éclatement ou une fragmentation formelle —, tous centrés sur la figure de Frank Bascombe, comme le souligne le titre original du livre : Let me be Frank with you. Un titre qui joue d’une ironie fondamentale et impossible à traduire en français sinon par plusieurs périphrases et circonvolutions pour rendre la concision américaine. « Laissez-moi être franc avec vous », « laissez-moi être Frank (Bascombe) pour vous », autrement dit, « laissez-moi vous parler de quelque chose d’intime via un personnage de fiction qui nous est désormais commun, tant Frank Bascombe est entré dans nos / vos vies ».


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L’exposition présentée par le Centre de la photographie de Genève ne porte ni sur un artiste, ni sur un objet ou un domaine que la photographie explorerait en tant que medium. Elle porte sur un dispositif dont la photographie est l’opérateur par excellence : celui de la surveillance. C’est, de ce point de vue, une exposition véritablement conceptuelle. Mais en même temps, l’exploration des dispositifs plonge dans un bain d’images qui, même si nombre d’entre elles n’ont originellement pas une vocation esthétique, produit un véritable environnement esthétique, faisant surgir comme objet d’un regard artistique le milieu dans lequel nous sommes immergés sans même songer à le voir. Elle produit aussi un environnement sonore : celui des grésillements technologiques, ou des voix superposées d’une salle à l’autre, d’une vidéo à une autre, d’un montage auditif à un autre. Par Christiane Vollaire.