Véronique Bergen, entretien avec Emmanuèle Jawad, Création et politique, 1.
Category Archive: Véronique Bergen
Où sont les morts, ces grands vivants labourant le ventre de la terre, semailles souterraines à l’abri des regards ? La grille annonce l’entrée dans un autre monde, la grille nous murmure qu’on va chez les morts sans risquer pourtant de les rejoindre. Un aller avec la promesse du retour, un simulacre de voyage sans mettre un pied dans le royaume des absents.
ABCdaire de Véronique Bergen.
Le titre de la fiction de Véronique Bergen, Le cri de la poupée, allie de manière paradoxale le vivant et de l’inanimé, l’expression et la chose muette, l’organique et l’artificiel. Une poupée est dotée du pouvoir de crier, comme si elle était douée de vie. Mais c’est aussi bien le vivant qui est doté des qualités de l’inerte et de la chose artificielle. Le titre condense ainsi les principales lignes qui donnent à ce livre sa logique étrange : le vivant devient poupée et l’humain devient insecte, le mort devient vivant, ou en tout cas parlant, les êtres se dédoublent, les corps subissent une subversion de leur ordre organique pour tendre vers l’inorganique (la poupée) ou de nouvelles configurations étranges (« Te déconstruire, te réagencer, faire de ta bouche un anus »), ou encore passer les frontières des espèces et des règnes (« avant de naître poupée, j’avais vécu en chien »).