La gorge serrée, le cœur triste, le ventre noué. Voilà les sentiments qui envahissent progressivement devant la projection du film de Maud Alpi, Gorge Cœur Ventre, ce titre semblant désigner en ces trois organes les cibles inéluctables de son discours. Dans un abattoir éclairé à la lumière de néons lugubres, des bœufs sont forcés et pressés de se diriger dans d’étroits couloirs dont l’issue débouche fatalement sur leur mise à mort. Ils tremblent, rechignent, hurlent. Un jeune homme est chargé de les y mener, accompagné de son chien.

Les Cahiers dessinés publient Résurrection permanente d’un cinéaste amoureux, magnifique ouvrage de Damien Odoul, illustré par le dessinateur Noyau et préfacé par André S. Labarthe. Un livre qui éclaire singulièrement la filmographie de Damien Odoul, réalisateur plutôt confidentiel alors même qu’il est l’auteur de onze courts métrages, d’un téléfilm et de sept longs métrages dont Moirassex, qu’il réalise à 24 ans, et La peur, avec lequel il obtient le prix Jean Vigo en 2015.

Un lancinant vrombissement de moteurs accompagne l’inquiétant silence qui règne dans l’avion, à destination de Chypre, ramenant des militaires français d’une mission en Afghanistan. Tandis que la plupart des hommes sont endormis dans leurs sièges parfaitement alignés, une jeune femme est, elle, éveillée et s’agite. Portée par la curiosité, elle entrouvre timidement son hublot et rompt le calme mortifère en entamant une discussion avec sa voisine.

Le dispositif des Habitants est présenté d’emblée par la voix off de Raymond Depardon : « Je pars sur les routes de France, de Charleville-Mézières à Nice, de Sète à Cherbourg. Je vais m’arrêter devant des habitations, des commerces, des places de mairie. Je pars à la rencontre des Français pour les écouter parler. De quoi ? je ne le sais pas encore. Je ne leur poserai pas de questions. Je vais leur laisser prendre leur temps, recueillir leurs conversations, leurs accents et leurs façons de parler. J’ai aménagé une vieille caravane, posé une caméra, installé quelques micros et j’ai invité des gens, rencontrés dans la rue quelques minutes auparavant, à poursuivre leur conversation devant nous, sans contraintes, en toute liberté ».

Attraction dans une abstraction purement plastique, intriguant défi de reconnaissance de formes, le premier plan de Julieta sur un linge plissé couleur rouge sang, légèrement mouvant, est certainement tout autant l’ouverture du film que celle de son personnage principal, convoquant l’imaginaire attaché à un cœur battant, à une respiration, à une blessure, à un vagin, ou simplement le sentiment d’une exploration viscérale du vivant.